Commentaires Récents

Vendredi 12 décembre 2008

Le bouddhisme apprend à être attentif au monde,  à recevoir nos leçons des circonstances, des évènements les plus quotidiens. Il est dit que si l’on y est attentif, Bouddha, pour nous conduire à l’éveil, peut se manifester sous n’importe quelle forme.

Me vient en mémoire cette histoire zen:

Un moine commence sa leçon, lorsqu'un oiseau se pose à la fenêtre et se met à chanter. Son chant est si mélodieux que le maître se tait, tous écoutent en silence, puis l'oiseau s'envole. Le maître dit alors que la leçon est terminée.


Il me semble, mais l’impression est aussi évanescente qu’un rêve au réveil, qu’il m’a été donné il y a peu de recevoir une telle leçon.


Depuis l’été, j’avais décidé et payé ma participation au grand festival Kadampta, qui c'est tenu début novembre à Paris. Occasion surtout de voir, pour sa dernière apparition publique hors d’Angleterre, le Vénérable Guéshé Kelsang Gyatso. A ce désir, s’ajoutait d’autres intérêts personnels, qui faisaient de ce séjour à Paris à cette date particulière, quelque chose de très précieux.

Or, depuis septembre, j’étais très occupé sur le chantier d’Abidjan, et j’avais renoncé à ce voyage. J’avais également renoncé à assister un peu avant cet évènement aux essais d’un transformateur à Zagreb, laissant le soin d’y assister à d’autres. Mon renoncement était donc complètement assumé, bien que j’en fusse désolé.

Cependant, et je ne sais pourquoi, quelque chose me disait que je serais à Paris à cette date.

Pour garder trace de ce sentiment, je me suis même ouvert de cette certitude à certains "autres intérêts personnels" cités plus haut; histoire d’avoir un témoin.

Et puis, le jeudi, le transformateur en question présente une avarie, qui m’oblige à aller à Zagreb, et dans la foulée, m’a donné l’opportunité d’assister en partie au festival etc…


Vous me direz qu’il n’y a là rien de bien extraordinaire, et c’est parfaitement vrai : simple histoire de circonstances et de hasard. Mais là n'est pas l’important.


Ce que je voudrais approfondir c’est, pendant le temps de ce festival, ce sentiment vécu d’être «en phase», d’être en harmonie avec le moment, dans le sens du courant. De ne pas «être» face aux évènements, mais faisant partie d’une trame. Ni gai ni triste, juste là, sensible à la vibration du moment. Je n'ai pas considéré la situation comme un voeu exaucé, manière détournée d'imposer ma volonté aux circonstances, (je n'ai pas souhaité cette avarie, en fait) mais comme une harmonie: j'étais là où il fallait, point barre. Toute autre disposition aurait été "tordue" en quelque sorte.

En ces circonstances "apaisées", j'étais plus attentif, sensible, qu'à l’ordinaire.

En cette occasion, j’ai recueilli comme signes certaines paroles qui furent dites, tel un banal conseil de lire un livre - donné en passant, hors de propos, presque, par notre responsable de centre Mahayana de Nouméa revu à cette occasion - que je reçu comme un indice précieux.

J’ai compris alors ce que je venais d’entendre de Guéshé Kelsang Gyatso: Bouddha peut être présent dans le geste le plus futile, mais il faut y être attentif pour le capter.


L’image que j’ai de mon sentiment d'alors, est celle d’une surface d’eau calme. J’ai ressenti  furtivement à quoi doit ressembler la contemplation de la vacuité.

Il faut se calmer pour aiguiser sa sensibilité au Monde. On ne goute pas un grand cru sur un quai de gare bousculé par la foule, mais plutôt à l’ombre dans un chai, entre amis.


Image qui me renvoie à Lacan, pour qui la conscience est une telle surface réfléchissante, perturbée, gauchie par notre «Moi». Et je retrouve encore cette grande proximité conceptuelle entre Lacan et le Bouddhisme. Et je comprends l’utilité qu’il y a à «décrocher» de son «Moi»; à liquider au mieux toutes les petites saletés, petites lâchetés quotidiennes qui nous raccrochent par les basques et nous scotchent au Monde. Pour mieux voir, sentir, aimer, il faut se détacher.


C'est finalement assez bien que ce blog reste là tranquillement ignoré, blotti  douillettement au fin fond d'Overblog: il me sert de carnet de route, presqu'un journal intime (presque).


Ami du hasard, bonsoir.


Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : Bouddhisme
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 4 septembre 2008
Ouf, après presque 2 ans, j'ai enfin terminé la lecture du tome II du séminaire de Lacan, plus que 23 et j'ai fini.
Mais je n'ai certes pas fini d'y revenir, car quelle leçon!

La fin du livre en particulier, là où il se lâche un peu sur sa définition du symbole, mérite le détour. Et il y insiste encore sur son rapprochement avec la cybernétique.
Laissons de côté toute l'approche pédagogique pour arriver au coeur de sa réflexion; tout symbole peut se résumer à une série de 0 et de 1 ou mieux: au passage possible de l'un à l'autre. Et cette faculté de passer de l'un à l'autre est proprement l'essence du symbole. Autrement dit lorsque je pose le symbole "1", c'est qu'en creux, ce symbole pourrait être "0". Le symbole marque une place potentielle, ce qui permet le jugement, le jeu, en bref l'humain.



L'ordre du symbolique, c'est l'ordre de la scansion, de la rupture de la succession des états.







Le réel, quand à lui, est "plein". Les objets "sont", point barre. Ils n'ont aucune tension, aucune urgence, aucun coup à jouer. Le joueur d'échecs par exemple cherche à avoir le "trait", c'est à dire le coup d'avance sur l'Autre qui lui permettra de survivre. La réalité, elle, s'en moque, comme les
pépins dont parle Prévert.



C'est en ce sens qu'au-delà du principe du désir (qui en gauchissant notre conscience du réel produit notre imaginaire) la possibilité du vide propre au symbolique est cet instinct de mort dont on s'inquiète tant. L'idée de ma mort, c'est bien cette peur que j'ai de ne plus être et nous sommes bien là dans le domaine du symbolique, puisqu'au niveau du réel ceci n'a aucun sens: dès l'instant où "je" meurt, "je" ne peux être dans aucun état, puisque "je" n'existe plus.
Et cet instinct de mort est fondamentalement lié au principe de répétition puisque la notion même de "répétition" qui implique la possibilité de changer d'état, ou d'évoluer, est équivalent à la possibilité que "1" succède à "0".

On voit par là comment, par des considérations complètement hors de la cybernétique, Lacan retrouve pratiquement le fondement de la machine de Turing !
Extraordinaire rapprochement !

Et cette lecture m'amène à reprendre le second article de ce blog où j'envisageais la possibilité à la fois d'être et de ne pas être. Je posais alors la question de savoir si Dieu pouvait être et ne pas être.
A la lumière de ce qui précède, la réponse évidente serait que Dieu soit symbole.

Ce qui, je vous l'accorde bien volontiers, ne résoud rien.

Sur ce, bonne digestion (mangez des pommes) et au plaisir (de Dieu bien sûr!).

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 4 août 2008


Voyez comment vont les choses, au moment précis d'écrire le titre de cet article, ma plume a langué et ce titre là m'est venu au lieu de celui-ci "l'Oedipe de Colone", censé couronner un petit texte pondu ce dimande (ils me paraissent un peu long ces temps-ci).
Bref, voici le morceau de bravoure en question, qui me vint à la lecture de 2 pages de "Le Moi dans la théorie de Freud":


Nous en sommes au point où Lacan essaie d’amener son auditoire à concevoir ce que Freud entend par «au-delà  du principe de plaisir» et en quoi la pulsion de répétition peut être comprise comme principe de mort, quoique le mot même puisse porter à confusion.
Lacan revient sur le mythe  d’Œdipe et s’attarde sur sa fin, une fois son destin accompli, sa mort à Colone.

L’idée c’est qu’au-delà de la parole qui porte le sujet, il n’y a rien. Ce qui s’illustre dans Œdipe par le fait qu’une fois son destin accompli, une fois qu’il a déroulé le fil de la parole qui le porte, qui l’exprime, qui le défini, il n’est que vide. Lacan met en exergue cette parole d’Œdipe, à cette période de sa vie :

« Est-ce que c’est au moment où je ne suis rien que je deviens homme ? »

C’est là, nous dit-il, que commence l’au-delà du principe du plaisir. Ce que le chœur antique commente ainsi:
« Mieux vaut en fin de compte n’être jamais né, et si l’on est né mourir le plus vite possible.»

N’est-ce pas là une thématique qui présente quelque résonnance rendant accessible à l’occidental que je suis, certaine approche bouddhiste.

Il y avait déjà l'dée suivante à laquelle j’étais parvenu: le Moi qui se développe sur le principe du plaisir, en réaction au monde (au Samsara en terme bouddhistes) me rend malheureux. Malheureux pour ainsi dire de façon mécanique, parce que je m’attache aux images qui fascinent mon attention. C’était du domaine de l’imaginaire.

Mais là nous sommes ailleurs, dans le domaine de la parole, du symbolique. Et ce qui est dit, c’est qu’au-delà, lorsque j’arrête de tourner comme un hamster dans ma cage, il n’y a rien et que je meurs.

Et Lacan cite ces propos de Freud :

«Ne croyez pas que la vie soit une déesse exaltante surgie pour aboutir à la plus belle des formes, qu’il y ait dans la vie la moindre force d’accomplissement et de progrès. La vie est une boursouflure, une moisissure, elle n’est caractérisée par rien d’autre que par son aptitude à la mort».

La vie, continue Lacan, c’est cela – un détour, un détour obstiné, par lui-même transitoire et caduc et dépourvu de signification.

Une petite musique dans ma tête:

              «[...] La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur
   Qui, son heure durant, se pavane et s’agite
   Et puis qu’on n’entend plus : un histoire contée
   Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
   Et qui ne veut rien dire. […]» (dans Macbeth)

Cette voix (voie) qui s'élève et que l'on suit, au cœur de l’Occident, est ce que nous avons de plus précieux à livrer au Monde. Une démarche de plus de 2500 ans pour nous délivrer des dieux. Ce nettoyage de longue haleine correspond, dans son mouvement actuel, à un détachement progressif et conscient de cet humanisme (bonjour Foucault!) surgi dans nos représentations au siècle des Lumières et qui fût pour un temps la respiration nécessaire à ce vaste mouvement.

Cette démarche ne doit pas rester une simple prise de conscience intellectuelle et je comprends bien qu’une analyse me soit indispensable.
Une fois le pas franchi, et j’anticipe sur ce nettoyage personnel qu’il me faudra entreprendre, il y a quand même dans le propos de Lacan le mot «obstiné» qui subsiste. Mais, qu’est-ce donc qui peut bien s’obstiner ainsi ?


On voit par là que la pièce n’est pas jouée.

Revenons à nos bouddhistes : il y a dans la contemplation de la vacuité différents niveaux: l'illumination se fait par paliers, comme l'enseignement lui-même (Bouddha fait tourner la roue du Dharma pour aider le diciple à entrer dans le discours; belle figure de répétition obstinée, pour dire qu'il doit "con/prendre" la voix pour entrer dans la Voie).
Je pense que ressentir effectivement la vacuité du «Moi» reste au niveau dit «subtil» et qu’au-delà, l’expérience de la vacuité du «Je» s’apparente à l’exercice porté au niveau «très subtil». Et l’on pourrait réécrire ainsi la phrase d’Œdipe :

«Est-ce que c’est au moment où je ne suis rien que je deviens Bouddha ?»

 Il y a d’autres rapprochements à faire encore : dans le cycle (encore des répétitions) de ses méditations, le bouddhiste doit se convaincre de la souffrance des renaissances dans des règnes inférieurs (j’avoue que sur ce point j’ai le plus grand mal à suivre). Or, les images de la mort que donnent Freud comme Lacan me semblent pour un occidental, plus repoussantes que celles des bouddhistes. Lorsque Freud ressent la mort, dans son rêve sur l’injection d’Irma, ou lorsque qu’il l’évoque comme une «boursoufflure, une moisissure», ce sont là des images qui me choquent plus que d’imaginer des enfers de lames de rasoirs ou autres charbons ardents. En ce sens une approche occidentale de la tradition bouddhiste ne semblerait pas inutile à sa pratique.

Mais le iatus entre la théorie psychanalytique et le bouddhisme, c’est bien cette notion bouddhiste d’incarnation d’un «quelque-chose», soumis aux lois de l’inertie -le karma- (ce qui entre parenthèses reste très freudien) sans début ni fin et dont on se demande bien par quelle nécessité il est obligé de (il s’obstine à) prendre les formes successives qui l’incommodent tant.


Gardons le moral et haut les coeurs,
Hari


PS 1: j'ai un doute: en parlant de cet Oedipe qui déconne, je me demande si ce n'est pas moi, qui me suis vu à sa place, en position de déconner ?
L'idiot du jeu ?
Ne me faites pas dire qu'en me prenant pour l'idiot dont parle Macbeth, je me prenne pour dieu, car là c'est grave docteur !
L'analyse va devenir une nécessité thérapeutique, vous allez voir !

PS 2: Je relis aujourd'hui ce texte "
Un deux trois soleil", dans lequel, je parlais déjà du principe de répétition, il y a plus d'un an et je me rends compte que moi-même, je tourne toujours autour des mêmes idées, parfaite illustration d'une pulsion de répétition à l'oeuvre. Ce qui change d'un texte à l'autre, c'est d'avoir fréquenté entre temps quelques bouddhistes, et peut-être mieux appréhendé la différenciation Symbolique / Imaginaire.
Ce retour sans fin s'étend à toute la cosmologie (voir l'article"Hic et Nunc") où je reviens sans cesse sur les mêmes traces, même après de longues périodes...

PS 3: En relisant le PS 2, j'ai l'image des Dupondt (deux idiots...) tournant en rond sur la Lune et retombant sur leurs pas.
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 8 juillet 2008

Voilà, je me retrouve établi dans une autre sinécure, à Abidjan, sur un nouveau projet. Je quitte Nouméa sur une fin de contrat, pour reprendre un projet à son début : c’est ce que j’aime dans ce métier, la possibilité de construire au sens le plus basique, comme un bousier roule sa boule.

Phase un peu délétère du projet où l'équipe se met en place, l’essentiel sera d’éviter les écueils dans cette sorte de rafting industriel, mais les rapides sont encore à quelque distance.

J’en ai profité pour aller régler quelques affaires à Nouméa où j’ai, par chance, assisté à une transmission de pouvoir du bouddha de la compassion Avalokiteshvara avec un invité de choix : Guèn Rabten venu d’Australie pour la circonstance. Je suis reparti de Nouméa par le même avion que lui, ce qui nous a permis de discuter un peu en salle d’attente.

J’ai essayé d’amener la conversation sur le point suivant : est-ce que l’imagerie dont s’entoure le bouddhisme, issue de la culture ambiante indoue, et qui a pour vocation de facilité la transmission de l’enseignement bouddhiste dans cette culture, n’est pas un obstacle pour un européen. En effet, ce dernier doit assimiler une culture nouvelle, une imagerie qui lui est largement étrangère, comme préalable à l’enseignement proprement dit. La conversation a dévié sur les différences culturelles, mais je n’ai pas eu de réponse….

J’y reviendrai lors de notre prochaine rencontre, en novembre à Paris.

Puis, je tombe sur ce numéro hors série du Point alors que l’on n'entend parler que de la réédition de Lévy Strauss à la Pléiade (qu’il me faudra lire, forcément lire). Quelle chance d’être en France et d’avoir ce genre de périodiques !

Enfin je comprends un peu mieux la filiation entre Husserl et Descartes à travers l’article sur Sartre (et donc le substrat phénoménologique d’Abellio, à la base de mes développements):

Nous n’avons pas d’appréhension directe des choses, simplement notre point de vue.

Toutes ces savantes discussions pour en arriver là : appliquer  dans le domaine de la perception humaine le principe de relativité qui se propage de proche en proche dans toutes les sphères de l'entendement depuis l'antiquité et marque dans sa progression, le progrès de la connaissance humaine.

C’est tellement évident, mais dit de façon bien alambiquée par Sartre, qui en fait se dépeint plus qu’il  n’avance dans la théorie.

C’est normal : la pensée s’élabore avant de disposer des outils adéquats. C’est la même chose en mathématiques : d’abord un génie résout un problème dont il a l’intuition, puis il élabore les concepts nécessaires au dialogue, afin d’emporter l’adhésion de ses pairs.

Un enfant de 9 ans d’aujourd’hui connaît ses tables de multiplication, mais combien de millénaires ont-ils été nécessaires pour mettre au point la numérotation décimale qui nous est triviale ?

Autre découverte de Sartre : l’Homme n’ «est» rien en soi, sa conscience est «conscience de quelque chose», simple tension vers le Monde. L’Homme, par sa conscience n’est pas, mais ex-iste. Ce qui est amusant, c’est que ce néant lui donne la nausée, alors que depuis 2500 ans, les bouddhistes, cherchent à se fondre dans cette vacuité pour atteindre à l’état de Bouddha.

Quand je vous disais que Sartre nous parle de lui à travers sa philosophie !

Aurait-il seulement été philosophe s’il avait été beau ?

Car enfin, d’un même constat (la vacuité de l’Etre), c’est bien l’intention qui détermine la position philosophie de Sartre ou de Bouddha. Nous retrouvons ici, au niveau de l'élaboration des concepts le même relativisme qu'au niveau de l'observation des choses de la nature.

Ce recul dans la réflexion, cette prise de conscience permet d'élargir le domaine d'application du principe de relativité et en ce sens, marque me semble-t-il un progrès.

Ceci me fait penser à cette blague célèbre : un ange et un démon parlent boutique et se racontent leur univers. Le démon dit : c’est terrible en enfer, nous sommes tous attablés à un grand banquet, où sont servis les mets les plus délicats mais nous n’arrivons pas à manger parce que les couverts sont trop longs et ne permettent pas de porter les aliments à la bouche. L’ange dit : le paradis, c’est un endroit merveilleux, où nous sommes tous attablés à un grand banquet, et nous avons nous aussi de très grands couverts, ce qui nous donne la joie de nous nourrir les uns les autres…..

Pas sûr que l’enfer ce soit les autres.

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 2 juin 2008
"Papillon qui bats des ailes
je suis comme toi
poussière d'être"

 (Kobayashi Issa)

 Il est 15h, je suis encore au lit. Pas envie de bouger. Je suis sensible au calme qui règne dans mon studio, à la qualité de la lumière filtrant des rideaux tirés, aux bruits épars qui montent jusqu’à moi.

Le calme s’installe, après l’agitation de ces derniers temps.

Me voici donc à Abidjan, fini cet intermède de presque trois mois où j’ai papillonné autour de Paris sans, je crois bien, avoir passé plus de 3 nuits dans le même lit.

Il a fallu ce temps pour que s’éclaircisse ma route. Certaines potentialités se sont cristallisées, d’autres se sont évaporées et la voie s’est pour ainsi dire dévoilée d’elle-même, sans que je fasse beaucoup plus que d’y adapter mon pas.

A peine arrivée en France, le juge a prononcé notre divorce selon un planning arrêté depuis longtemps, puis dans la foulée l’appartement a été vendu, Isabelle est ces jours – ci en train d’emménager dans sa nouvelle maison. Les petites ne souffrent pas trop, j’ai pu les voir plus souvent étant en France et son nouveau compagnon me semble quelqu’un de bien. Mais il faudra que je planifie mieux qu’actuellement mes rendez-vous avec mes filles, pour en faire des moments privilégiés.

Le lendemain du divorce j’avais prévu de retrouver à Paris -où je devais m’occuper de la suite de ma mission en Nouvelle Calédonie- une personne contactée sur Meetic depuis un bon bout de temps. J’espérais beaucoup de cette rencontre, une nouvelle voie à suivre de conserve, orientée bouddhisme et autres intérêts spirituels. La rencontre a été très belle, et j’ai vécu 15 jours mémorables, entre cette femme à découvrir et un boulot à choisir.

Pour le travail, j’ai été tiraillé entre repartir en Nouvelle Calédonie, mais loin de Nouméa, ou un poste en Egypte : une nouvelle aventure, ou retrouver la Côte d’Ivoire, un pays que je connais. J’ai opté pour la prudence : la Côte d’Ivoire, avec cet avantage d’être de retour en France pratiquement une semaine chaque mois.

Du côté cœur, les affaires ont vite mal tourné, difficile à s’expliquer. La fusion de nos deux personnalités en un couple ne s’est pas opérée (et pourtant...). Ce qui peut paraître étrange pour deux personnes attirées par le bouddhisme et cherchant à oublier/dépasser leur «Moi». L’échec m’a marqué, laissant un vide, le goût d’un manque, que je ne voie pas comment combler.
Peut-être suis-je déjà trop vieux, trop rassis dans mes pensées, mes façons d’être et de penser, incapable de communiquer vraiment. Et si Isabelle devait être la dernière, s’il fallait maintenant tirer l’échelle ?

C’est dans cette disposition d’esprit que j’ai revu une très ancienne amie, sensible aux choses en aux êtres. En égrenant nos souvenirs, en déroulant nos vies et parlant de nos solitudes parallèles, elle a douté que j’ai jamais aimé.
Elle avait mis là le doigt sur une vieille interrogation, peut-être une atrophie de ma personnalité.

J’ai revu pendant cette période ma première femme, après plus de vingt ans sans contact. Nous sommes restés à un niveau très superficiel dans nos conversations, pour ne pas nous faire mal bien sûr : la blessure que je lui ai infligée est trop importante pour qu’il en soit autrement. Mais elle a quand même remarqué que certaines de mes préoccupations n’avaient pas changées: en particulier elle m’a rappelé que jeune déjà, je me sentais vieux, hanté par la perspective de ma mort.

Et c’est vrai : toutes les théories que j’ai développées sont destinées, au fond, à trouver une échappatoire à cette angoisse qui est l’aporie initiale autour de laquelle je me suis formé. Mon intérêt pour la définition d’un temps fractal par exemple. Mon intérêt même pour le bouddhisme et cette notion de vacuité.

Par moment, j’envie ceux qui ont la foi (comme chantait Brel : être une fois, une fois seulement, beau, beau, beau et...)!

Incapable de suivre la voie bouddhiste en solitaire, j’espérais beaucoup en cette compagne entrevue, je la voyais comme une initiatrice potentielle, capable de m’amener au-delà de ce que je peux naturellement appréhender, et qui m’intéresse tant. Mais bon, c’était encore une fois sans doute une vision égoïste de notre relation.
Pour aimer vraiment, il faut se décentrer, s’oublier vraiment, ce que j’ai du mal à faire (même pas capable de me laisser hypnotiser !), obnubilé par cet idée de mort qui mange ma pensée.

Mais comment entrer dans une relation avec les qualités que j’espère développer dans cette relation ?

C’est un cercle vicieux, dont on ne peut sortir qu’en sortant du jeu, qu'avec une grâce particulière, un joker, comme un coup de foudre peut-être, pour exploser ce cercle et fusionner les êtres.

Je pense (aujourd’hui, mais je me soigne) qu’il est trop tard pour une telle rencontre, il faudrait mieux que je me fasse à l’idée de vieillir, de mourir. Je n’aurai jamais le temps d’arriver à contempler la vacuité, pas de maître ici et pour longtemps.

Déjà, je n’ai plus de libido, plus de désir, plus d’envie, mûr pour me laisser glisser. Je ne suis même pas sorti de ce week-end, à peine habillé le temps de dîner à deux pas d’ici dans une pizzeria libanaise.

J’ai cette image du Grand Bleu, lorsque le plongeur solitaire lâche la corde pour commencer son exploration sans retour. C’est ce lâcher prise aussi beau et achevé qu’un geste de samouraï qui m’est difficile. N’est pas artiste qui veut, encore moins de sa propre existence.

Je peux néanmoins nettoyer autant que faire ce peut tous les troubles que j’ai causés aux autres, comme on arrange sa demeure avant la cérémonie du thé, comme on inspecte sa chambre d’hôtel en bouclant sa valise.

Devenir évanescent et puis m’effacer simplement (inutilement), sans trace, comme un visage sur une plage de sable effacé par la mer, what else ?

Que sont mes amis devenus
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte


Hari
Par Hari Seldon
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Rechercher

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus