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Mercredi 20 février 2008
En feuilletant le Tao Te King, que l'on vient de m'offrir pour mon anniversaire (ceci ne nous rajeunit pas) je tombe sur le chapitre 11 du livre 1, qui traite du Tao:

undefined  "Trente rais se réunissent autour d'un moyeu. C'est de son vide que dépend l'usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C'est de son vide que dépend l'usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage naît du non-être."

On retrouve l'image de la roue, composée de rayons qui tous convergent vers le moyeu, chez les boudhistes où elle représente  l'enseignement de Bouddha ou Dharma
. Ici l'accent est mis sur l'idée de rotation: Bouddha tourne 3 fois la roue du Dharma. En effet les mots ne peuvent qu'être des indices de la voie, qu'il faut reprendre de différentes façons, pour affiner le balisage.


dharma-akra-court.jpg
Or, l'essence de cet enseignement c'est que la libération vient par la contemplation de la vacuité (qui n'est pas le vide, mais plutôt les potentialités qu'il porte, comme un big bang "personnel", si ce dernier terme a un sens). On retrouve bien là l'idée taoïste du Tao Te King.
 
"L'utilité vient de l'être, l'usage du non-être".

Il y a là à méditer, et ça me renvoie personnellement à mon interrogation sur "être et ne pas être".

Le problème n’est pas de s'évader dans des considérations intellectuelles, mais d'essayer de rester au plus près d'une évidence à saisir. Peut-être pourrons-nous bientôt éclairer ce texte d'un jour nouveau, simplement parce qu'entre temps notre langage s'est constitué, parce qu'aujourd'hui, nous avons forgé les concepts de relativité, de mécanique quantique, parce que de l'Orient, nous sommes passés à l'Occident. Peut-être tout tient-il dans une balance de l'un à l'autre, du Ying, passif, le non-agir taoïste, au Yang, actif, grec pour tout dire. Je vous renvoie à ce sujet au traité de l'efficacité de François Jullien.

Et puisque nous en sommes aux réminiscences, il se trouve qu'un ami m'indique aujourd'hui que l'article de Wikipédia sur Raymond Abellio a été profondément remanié. Abellio, celui qui est à l'origine de ma démarche, des recherches qui m'amenèrent à l'étude du Yi King.
 
Ce retour de ma lecture immédiate du Tao Te King vers ce souvenir d'Abellio, donne sens (pour moi) à cette image de la roue. J'éprouve intimement le sentiment de tourner en rond autour de quelque chose d'indicible, d'un vide qui m'habite (la peur de la mort, sans doute, qui me creuse par avance) et que je décore de discours. Je tourne en rond comme ces indiens qui dansent autour d'un totem  en lançant leurs incantations pour honorer un dieu espéré ou un écarter un démon redouté, comme ces derviches tourneurs qui cherchent la transe.

Derviche-Tourneur-copie-1.jpg  
Tout un chacun, sans doute, tourne autour d'une aporie qui le gratte quelque part, la mienne est trop obsédante pour me laisser en repos, et je tourne autour de ce vide que je ne peux éviter, de cette vacuité que je ne sais atteindre, ou que je ne me sens pas le courage d'atteindre, trop dure la méditation, encore trop incertaine la voie.
 


Mais revenons sur ce vers qui me ronge: l'utilité vient de l'être, l'usage du non-être.

Il s'agit bien entendu d'une traduction, on ne peut donc pas trop se fier aux mots utilisés, néanmoins, je serais tenté d'y lire ceci:
·         "Utilité" renvoie à un sens pour "Moi", il s'agirait donc ici d'Imaginaire, au sens de Lacan, l'être en question n'étant que le Moi du susdit être, son image, fabriquée, précisément autour des problèmes  rencontrés pendant sa constitution (complexe d'Oedipe etc...).
·         "Usage" ramène au plus concret du réel, c'est ce que l'on fait, pas ce que l'on en dit, Nous serions ici dans le domaine du Réel, toujours au sens de Lacan, et bien entendu, en deçà de l'Imaginaire, dans le « ça »; là où la représentation de l'être n'existe pas encore, avant le langage.

Ce changement de niveau fait que l'on puisse à la fois être et ne pas être. Cette simultanéité est du même ordre que celle que l'on retrouve dans le paradoxe du menteur:

"Je suis un menteur"
est une phrase impossible et pourtant, le fait est plausible (je me connais).

Là aussi la langue n'arrive que maladroitement à exprimer la réalité: les règles du langage, qui règlent notre pensée, ne sont pas celles de la nature, fût-elle humaine... 
Le langage serait comme la caisse que Saint Exupéry dessine au Petit Prince faute de pouvoir saisir l'essence d'un mouton. Il y a là encore balancement entre l'utilité pour moi de l'objet (la caisse / le verbe) et l'usage que l'on en fait, qui est de retenir en son creux un référent qui s'échappe.

Bonne méditation pour les uns et bonne fermentation pour les autres à qui je lève mon verre...

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Mercredi 13 février 2008

divin-march-.jpg ou "La révolution culturelle libérale"

Par Dany-Robert Dufour


«Les vices privés font la fortune publique»


Enoncée pour la première fois par Bernard Mandeville en 1704, contemporain d’Adam Smith et précurseur de Freud.
 

En très rapide:
Après avoir prolétarisé les ouvriers, le libéralisme prolétarise les consommateurs pour accroître la demande. Pour ce faire, on mise sur l’égoïsme des individus, en survalorisant la satisfaction immédiate et sans contraintes dans l’inconscient des gens. Ce qui conduit à une société «égo – grégaire». C'est-à-dire, qu’en misant sur l’individualisme forcené, on transforme une nation en troupeau.
S’en suit toute une série de conséquences, jusque dans la constitution même de l’individu qui, privé de référence, de modèle et de guide ne peut plus se constituer.
L’auteur oppose ce libéralisme à la République ; celle des Lumières, basée sur un pacte républicain, transcendant les individus pour fonder une communauté qui les dépasse. La politique doit s’appuyer sur la raison et l’impératif catégorique présenté par Kant en 1785 dans les « fondements de la métaphysique des mœurs », à savoir, en résumé qu’il faut voir en l’ «autre» une fin en soi et non un moyen pour moi.
Bref les Lumières proposaient une sortie des ténèbres religieuses par la transcendance de la Raison, tandis qu’Adam Smith réintroduit le religieux insidieusement dans le «laisser faire» du libéralisme, puisque c’est Dieu, en définitif (la main cachée) qui régule les marchés.
 
Le tableau dressé est très inquiétant, l’on y voit même nos bons philosophes (Bourdieu et consorts) prêter la main à la décérébration des masses. Il faut lire ce livre, c’est une base de réflexion pour une gauche en mal d’être.
Pourtant, si la description des symptômes emporte l’adhésion, je trouve un peu court le raisonnement qui voudrait nous reporter deux siècles en arrière.
 
Il y a tout d’abord quelques erreurs de base dans la compréhension des mécanismes d’autorégulation.
 
1/ Si pour Adam Smith la régulation des marchés résulte de la main divine, nous pouvons passer outre cette explication, mais il n’en demeure pas moins que les marchés ont tendance à s’autoréguler et cette constatation doit être conservée.
Il ne faut pas, comme le fait l’auteur jeter le bébé avec l’eau du bain. Après tout, nous révérons Copernic pour avoir révolutionné vers 1500 notre description de l’Univers, sans qu’il ai justifié correctement son intuition.
 
2/ L’état de troupeau amorphe n’est pas la structure la plus stable d’un groupement humain. Il est faux de croire que des humains abrutis de TV et sans culture restent indéfiniment dans un état chaotique et sans structure. En fait, la structuration, l’auto-organisation est la loi universelle, non pas parce qu’il y a un grand architecte de l’univers, veillant à la régulation des marchés comme à l’harmonie de toute chose, mais simplement parce qu’en se structurant, on économise de l’énergie.
 C’est le fond même de toute «économie» ou tout système écologique, précisément, que d’éviter les déperditions d’énergie et de ce point de vue il est fort dommage que nos grands philosophes soient si mauvais physiciens. Du temps de Platon, il était écrit, au fronton du lycée «nul n’entre ici s’il n’est géomètre», les bonnes intentions se perdent…
Sans entrer dans les détails techniques, regardons autour de nous : je regardais hier une émission de TV sur la vie carcérale aux USA. Nous y avons des individus, sans culture, livrés plus que la norme à leurs pulsions, tous égaux devant le règlement pénitentiaire et vivant sous contraintes sévères. Or que voit-on : l’organisation immédiate en bandes pour survivre. Reportons-nous en arrière aux temps préhistoriques ; y voit-on des groupes hagards perdus dans la forêts, livrés aux bêtes et sans défense, non. Du plus loin que nous puissions pousser l’exploration, il y a organisation. Et ce n’est même pas une caractéristique humaine, mais une nécessité vitale du règne animal.
Par curiosité, j’ai regardé combien il y avait d’associations déclarées en France : 1 100 000 structures, les français sont des veaux, certes, mais quand même : ils savent sortir de chez eux !
 
3/ Du fait que nous construisons notre Moi, en réponse aux frustrations que nous avons connues dans notre enfance, en particulier en résolvant d’une manière ou d’une autre notre complexe d’Œdipe, l’auteur en infère qu’il est nécessaire de revenir à une conception plus forte, plus structurée du rôle du père (ce qui amène à la transcendence). Il répète à plusieurs reprises que le désir naît d’un manque à jouir (nous sommes tous construit autour d’une aporie initiale, un manque originel, le non du père etc…).
Certes, mais le retour en arrière est-il la seule issue ?
Il existe des sociétés où le rôle du père n’est pas essentiel, en Afrique par exemple. Par ailleurs, faut-il rechercher plus de frustration pour tendre à plus de désir ?
C’est une proposition culturellement définie qui n’a rien d’universelle : le bouddhiste au contraire cherchera à supprimer ses désirs, oublier son Moi pour atteindre à la vacuité.
Enfin, le principe de plaisir, qui est en nous, réglé par notre cerveau et nos hormones, est complètement ignoré dans ce discours. Nos divers cultures et sociétés existent parce que nous connaissons et recherchons le plaisir. Et une meilleure connaissance des mécanismes de notre plaisir est un facteur stabilisant de nos cultures (au passage, le plaisir pousse au regroupement d’au moins deux individus…). La connaissance du plaisir fait naitre le désir d’en avoir plus. Ils ne s’opposent pas (sauf chez les puritains) mais s’appellent l’un l’autre. Donc le désir n’est pas uniquement le résultat d’une frustration, d’un manque, mais se renforce également du souvenir d’un plaisir reconnu (principe de répétition revu et corrigé). Et entre les deux désirs, il me semble que le second soit à privilégier.
Connait-on en effet beaucoup de stars du porno violeurs ou pédophiles ?
 
4/ L’autorégulation des marchés est un fait de base, soit, mais la consommation débridée à laquelle nous pousse le libéralisme forcené qui agite nos instincts les plus primaires nous conduit à une catastrophe écologique majeure. L’auteur nous dit : il faut revenir à la Raison transcendantale, établie par les Lumières contre l’obscurantisme religieux, qui est seule à même de conduire la politique des nations.
Mais on ne peut pas anticiper efficacement: toutes les idéologies se sont cassé les dents sur cette dure réalité. Il faut donc se résoudre à attendre la survenue des effets pour en corriger la cause; toute la question est de réagir assez vite pour n'en pas souffrir.
Non, rien ne peut aller contre les flux marchands, même les islamistes les plus bornés n’arriverons pas à endiguer des mouvements de fond (de fonds) aussi importants. Il conviendrait d’être un peu plus attentif à ce que nous enseigne le taoïsme : pour bien se battre, il faut connaître le terrain, les circonstances et utiliser la force de l’adversaire.
En l’occurrence, ce qui n’est abordé par personne dans ce problème d’autorégulation, ce sont les caractéristiques dynamiques du marché observé (son facteur d'amortissement) pour comprendre l'évolution des écarts par rapport à l'équilibre. Le philosophe néglige (méprise ?) la physique...
Il y a impact de l’économique sur l’écologique parce que notre production industrielle n’intègre pas assez vite les contraintes écologiques auxquelles elle se heurte déjà. Il faut donc accélérer les ajustements (faute de pouvoir les anticiper). Autrement dit, pour s’en sortir, il faut accélérer le système d’autorégulation du marché et non pas essayer de le mettre sous tutelle. Il faut amplifier le feed-back: réinjecter l'information à tous les niveaux de la structure, améliorer les boucles de contrôle, amplifier les conséquences pour ceux polluent par exemple, mais en évitant si possible les "over shoot" (l'effet Larsen donne une idée du résultat).
C’est une fuite en avant, me direz-vous ; non, c’est prendre conscience que notre survie dépend de notre vitesse de réaction et qu’il est vital d’aller plus vite.
En principe c'est possible car les contrôles dont je parle sont par essence de l'information, donc plus rapide et demandant moins d'énergie que les systèmes à contrôler, qui forment l'offre du marché.
Ceci passe donc par plus de transparence encore. Il faut que l’information circule plus vite et que les pratiques déviantes soient sanctionnées brutalement (que l'effet du contrôle soit certain).
Par exemple : Enron a mis la Californie en coupe réglée, la sanction a été de 24 ans de prison pour son patron, c’est bien, mais il eût été préférable que les malversations soient constatées sans délai. Bush a pu mentir pendant 2 ans concernant l’existence d’armement de destruction massive en Irak, avant que l’opinion ne se retourne ; il faut que l’information soit disponible et crédible plus vite. Huit ans pour mettre ce boucher de Bush bouché au bucher, c’est trop long. Idem pour le traité de Kyoto: c’est trop long. La fonction du journaliste n'a jamais été aussi importante que maintenant!

Donc je renverse la proposition de l’auteur qui oppose la politique à la «bonne gouvernance» ; et j’en reviendrais (tout au moins dans le domaine économique) à la théorie chinoise des légistes : l’empereur est inaccessible et au – dessus des parties (et même, peu importe qui il est -pourquoi pas Sarkozy- , pour peu qu'il tienne son rang), et pour faire régner l’ordre dans l’empire, il doit appliquer la loi fermement et sans aucune concession ni faiblesse.

Il n'y a pas opposition entre "bonne gouvernance" et expression d'une politique. A mon sens, la bonne gouvernance c'est l'efficacité dans l'exécution, une "bonne" politique, c'est l'efficience d'une action, en fonction d'un objectif commun. J'ajouterais qu'il convient de différencier la gestion des biens de la direction des hommes, et ne pas mettre plus de "sens" que nécessaire dans l'activité de plus bas niveau, à savoir l'économie (ou gestion des biens). Ceci demanderait d'autres développements.
 
Autrement dit, le politique n'est pas une cautère sur une économie bancale (comme la bonne vieille politique monétaire au secours d'une production défaillante) mais une saine gestion augmentée d'un supplément d'âme pour une société qui se cherche un sens.
 
S’il faut une transcendance à notre vie en commun, alors qu’elle soit le fruit d’un choix, j’en ai proposé un en chapeau de ce blog.

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : politique
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Mardi 29 janvier 2008

Comme toujours lorsque j’écris un article, j’y repense, le modifie (je corrige les erreurs que je retrouve !) et je suis amené à le commenter par un autre article.
Le dernier n’échappe pas à la règle.
En fait ma plume se laissant guider par les chiffres c’est en cours d’écriture que j’ai été amené à poser qu’un découpage de la France en régions n’est pas dans la même logique qu’un découpage en départements.
C’est une idée neuve pour moi, qu’il me semble intéressant de développer.
Si l’on regarde de plus près la série de chiffres, en la prolongeant même jusqu’à l’absurde, on voit des choses intéressantes :

 
2
3
4
5
6
7
8
9
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
1
8 124
163 316
732 248
1 801 504
3 283 119
5 040 414
6 951 859
 
1
404
8 124
49 173
163 316
384 936
732 248
 
 
1
90
1 342
8 124
29 398
77 129
 
 
 
1
37
404
2 245
8 124
 
 
 
 
1
20
171
856
 
 
 
 
 
1
13
90
 
 
 
 
 
 
1
9
 
 
 
 
 
 
 
1

On voit, par exemple que le niveau « conurbation » (8124) garde un sens, pour les découpages en 3, 5, 7 ou 9 niveaux : en effet, pour chacun de ces types d’organisation, c’est le niveau médian (autant de niveaux au dessus qu’en dessous).
Le niveau « départemental » apparait à partir d’une hiérarchie à 5 niveaux, et reparaît dans une hiérarchie à 9 niveaux.
On pourrait dire qu’il y a des agrégats qui «persistent» lorsque l’on augmente le nombre de niveaux pour décrire une structure. C’est le cas le plus évident pour la «conurbation» qui garde un sens pour toutes les hiérarchies ayant un nombre impair de niveaux, avec un rythme propre de 60 jours.
 
Par contre la structure à 4 niveaux ne correspond à rien pour décrire la France, ni aucune hiérarchie ayant un nombre pair de niveaux. Il serait intéressant de voir si elles auraient un sens pour certains pays?

La hiérarchie à 9 niveaux montre, au-dessus des agrégats départementaux, 9 agrégats qui pourraient être les provinces (regroupant plusieurs régions) qu’évoquait Sarkozy en répondant à la présentation du rapport Attali.
Cependant, il ne faut pas oublier qu’une structure perd vite en rendement lorsque le nombre de niveaux augmente, avec les données concernant la France, nous aurions les rendements suivants:
 
niveau
2
3
4
5
6
7
8
9
rendement
99,97%
97%
82%
58%
34%
17%
7%
3%

On voit immédiatement qu’au-delà de 5 niveaux, plus rien ne sort de la bureaucratie installée : c’est Kafka à coup sûr.
Ceux qui s’intéressent à la physique, se souviendront peut-être qu’un état est d’autant plus stable qu’il peut être atteint d’un plus grand nombre de façons. Si l’on considère notre mode de structuration en niveaux comme un crible permettant de trier les agrégats dont se constitue notre société, on voit alors qu’à part l’ «individu» et l’ «Etat», qui par construction entrent dans chacune des descriptions, c’est la «conurbation» qui apparaît le plus souvent (4 fois sur les 9 premières structures), suivi du «département» (2 fois) et de la «région» (1 fois).
De fait, des villes comme Paris, Lyon , Marseille ont une longue histoire, et sont plus stables que le département, la région, et même la nation dans lesquels elles s’inscrivent.
Mais alors, quid de nos 36 000 communes ?
C’est vrai qu’il s’agit d’une spécificité française, qui ne semble pas s’inscrire dans la logique d’un état de 66 millions d’individus. Il faudrait se reporter au temps de leur constitution, et prendre en compte les chiffres de l’époque.
Il y aurait en fait, autour de ces quelques idées, un champ entier à explorer, mais se serait plutôt un travail d’historien ou de démographe.
Merci pour ne serait-ce que d'un commentaire (comment taire ?), juste histoire d'avoir l'écho d'une présence, de temps en temps!

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : politique
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Jeudi 24 janvier 2008

J’ai été très impressionné, hier soir en voyant la présentation du rapport de la commission Attali et en écoutant le discours de Sarkozy. Pourquoi le cacher, Sarkozy m’a bluffé: il a un charisme indéniable et semble avoir une réelle ambition pour la France. J’aime.

La suppression ou non des départements est très exactement le genre de problèmes pour lesquels l’approche systémique que j’ai développée, peut apporter un éclairage intéressant.
Très grossièrement, si l’on considère la France dans son ensemble comme une organisation, alors, l’étagement entre les différents niveaux devrait être tel que leurs populations soient en progression géométrique.
C'est-à-dire que si l’on a 66 millions d’individus au dernier niveau et 36 000 communes ; le peuplement du niveau suivant devrait être de 19, soit en gros le nombre de régions actuel.
Bien entendu, une ville comme Paris ou Toulouse ne peut être assimilée à une sous-préfecture ou un hameau, mais le chiffre de 19 indique une tendance, c’est en gros le nombre de nos régions, sans qu’apparaisse le niveau du département.
Cela semble donner raison à Atalli.

Mais le problème est plus complexe : car alors l’entité «France» n’est plus significative pour gérer ces 19 régions. Il y aurait en effet, d’un niveau à l’autre -de la Région à l'Etat- trop peu de différence. Autrement dit, renforcer le régionalisme va de pair avec un renforcement de l’Europe au détriment de la «Nation».
Dans le Débat, Attali est de facto pour l’Europe des régions, et Sarkozy, plus « gaullien », pour la prééminence de la Nation sur l’Europe. (l’Europe, l’Europe… disait de Gaulle).

Pour étayer le débat, voici, en fonction du nombre de niveaux hiérarchiques la population optimum de chacun d’eux, étant entendu que le dernier niveau est celui des individus et le premier celui de l’état, un et indivisible, comme il se doit.

2
3
4
5
6
7
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
1
8 124
163...
732...
1 801 504
3 283 119
 
1
404
8 124
49 173
163...
 
 
1
90
1 342
8 124
 
 
 
1
37
404
 
 
 
 
1
20
 
 
 
 
 
1

On constate qu’une hiérarchie à 5 niveaux conduit à privilégier le département (90).
Mais c’est alors le niveau communal qui pose problème, il faudrait tomber à 8 100 conurbations (d’où le renforcement des associations intercommunales), associé à un développement d’une politique de quartiers (730 000) ou quelque chose entre la famille et le quartier (le "voisinage" ou la "tribu" regroupant environ 80 personnes).
Une hiérarchie à 7 niveaux (mais avec une grosse perte de rendement de l'ensemble) pourrait prendre en compte un niveau "régional" dans une structure limitée à la nation, tout en gardant les quelques 8100 conurbations, mais le niveau intermédiaire ne correspondrait plus à rien d'historiquement constitué.

Pour compléter le tableau, il faut bien entendu ajouter que l'horizon temporel, propre à chaque niveau, suit également une progression géométrique : l’état n’a pas le même horizon de temps que le village ou l’individu.
Ce qui porte à mettre l’accent sur le problème que pose le découpage budgétaire en budgets annuels. Il faut bien entendu qu’au niveau de l’état, les plans soient pluriannuels.

Supposons, pour faire très simple, que l’individu se préoccupe de survivre au jour le jour (ce qui appelle bien sûr beaucoup de commentaires !), et que l’état ait une vision à 10 ans (2 législatures), ce qui est court pour certains problèmes tels que la politique énergétique ou écologique. Les horizons temporels des différents niveaux seraient alors les suivants :

Tableau en nombre de jours :

2
3
4
5
6
7
1
1
1
1
1
1
3 650
60
15
8
5
4
 
3 650
237
60
27
15
 
 
3 650
470
137
60
 
 
 
3 650
708
237
 
 
 
 
3 650
930
 
 
 
 
 
3 650
On voit, pour une hiérarchie à 5 niveaux (individus/quartier/conurbation/département/état) que la zone urbaine devrait avoir un horizon à 2 mois et le département un horizon entre 1 et 2 ans. Au niveau des quartiers, l’accent est mis sur le service (8 jours).
Tout ceci est bien sur à discuter : une ville doit avoir des plans à long terme et l’état être capable de faire face aux urgences, mais il s’agit de guides de réflexion.

Question: Pourquoi avoir une région et un département s’ils ont le même horizon temporel ?

Les figures précédentes montrent qu'il y a antagonisme entre les 2 niveaux, ils ne ne sont pas cohérents au sein d'un même découpage.
En fait, on peut imaginer des découpages multiples: mettre l’accent sur les départements dans la gestion par l’état de la vie collective, mais faire l'intégration européenne au niveau des régions.
En effet, certains sujets à très long terme tels que: écologie, transport, énergie, s'intègrent de facto au niveau européen (minimum). Par exemple le projet Tokamak de fusion contrôlée qui a déjà 50 ans d’existence pour des résultats attendus dans les 30 prochaines années est un projet d’envergure mondiale (que l’on se souvienne de la dernière empoignade entre Japonais, soutenus par les USA et Français, soutenus par l’Europe, pour la localisation du prochain Tokamak, qui se fera finalement près de Lyon).

Outre cet aspect très pragmatique, la formation culturelle au niveau régional (provincial) est par essence un processus à long terme, hors du champ politique immédiat. La Corse, Le pays Basque, la Bretagne, l'Alsace -pour rester en France- sont des entités issues d'une longue histoire et c'est cette dernière qui s'intègre au niveau européen, contre, en quelque sorte l'Etat (de Gaulle ne se trompait pas d'adversaire!!!). Il y a là une mutation profonde à laquelle on assiste, une lame de fond insensible car se déroulant à un rythme très lent au regard du temps politique, c'est à dire celui de la Nation, puisque c'est le politique qui en rythme la marche.
A sens historique (et surtout en France, qui de ce point de vue présente un cas limite en Europe), les Provinces ont reculé devant la montée en puissance de la Nation. Cela c'est accompagné d'une accélération du progrès, imposé aux Provinces par la puissance centralisatrice (qui au passage, les a découpées en départements). Souvenons-nous ne serait-ce que du combat pour la laïcité, porté au fin fond des campagnes par les hussard noirs de la république, les instits...
Nous voyons maintenant le fond provincial ressurgir sur un rythme plus lent, mais tout aussi puissant, favorisé par la monté en puissance des problèmes de perennité à long terme (écologie, sécurité etc...).

J’ai regardé ce que donnerait cette analyse pour l’Allemagne (83 millions d’habitants, 2700 communes et 16 landers) mais je ne connais pas assez la vie du pays, ses corps intermédiaires pour faire quelque chose de significatif.

Merci pour vos commentaires!

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : politique
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Mercredi 21 novembre 2007
Il est agréable, parfois de tomber sur un article du web, qui prouve que l'on  n'est pas seul dans sa recherche, dans ses délires.
C'est donc avec une sorte de "ouf" de soulagement que je tombe sur cet article "bouddhisme et physique quantique".
L'assimiler prendra un peu de temps, mais il pose bien le problème de la nature de la réalité.
C'est une conceptualisation qui pourra éclairer, aux yeux des européens que nous sommes, la raison de la démarche bouddhiste, à savoir parvenir à la contemplation de la vacuité.
Pour illustrer le propos de Christian Thomas Kohl, auteur de cet article, je vous propose de méditer sur un mandala, qui représente les quatre continents du pays de Bouddha, mandala fait sur du sable et que l'on détruit après l'offrande.
undefined


Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : Bouddhisme
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Vendredi 26 octobre 2007
Je n'arrive pas à penser à autre chose qu'à ce bébé arrêté par un gendarme sur ordre d'un préfet.
Un tribunal a arrêté la procédure parce qu'elle était un "traitement inhumain".
Nous sommes en France, où les gendarmes ont déjà fusillé des poilus dans les tranchées en 17; emmené des juifs au vel d'Hiv et sont à l'origine de la majorité des erreurs judiciaires dont nous souffrons.

Alors que la veille, j'ai vu un documentaire sur des bushmen, dans le Kalahari, sans rien, mais si précautionneux de la nature, ne prélevant que le strict nécessaire (et chez eux, c'est peu).
Ils trouvent un nid d'autruches avec 5 oeufs, ils en choisissent 2, vérifient qu'ils ne sont pas fécondés, pour ne pas supprimer de vie inutilement et font à même le sable chauffé à blanc, une omelette pour toute la tribu. Bien sur, si on l'aime baveuse, comme moi, c'est raté, mais enfin, je me suis senti très proche de ces hommes.
Quand je pense à ces gendarmes, sortant, de la même école républicaine que moi, portés par le même langage, les mêmes références culturelles que moi, j'ai envie soudain de devenir bushman et de m'oublier dans le désert...

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : politique
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Mardi 23 octobre 2007
J'entendais hier à la radio que Microsoft a été condamné à 800 millions d'Euros pour position dominante abusive (quelque chose comme cela).
Bref, Microsoft va devoir rendre ses logiciels accessibles aux autres développeurs.

J'ai été très étonné d'apprendre qu'à l'annonce du verdict  Microsoft  ai renoncé à faire appel.

Y aurait-il quelqu'un d'intelligent chez eux?
Je ne peux pas croire qu'il s'agisse d'une simple question d'argent: 800 M€ n'est pas suffisant pour les faire reculer, non.
Mais y a-t-il là-bas, dans un bureau au 36 ème étage de la Tyrel Corporation (cf Blade Runner pour ceux qui savent) quelqu'un qui ai compris que le sens de l'évolution c'est la souplesse, qu'il n'y a pas de vie en vase clos et qu'il faut autoriser les échanges avec le milieu ambiant pour survivre?
Y a-t-il quelqu'un d'assez fûté dans cette tour d'ivoire pour comprendre que cette défaite était une aubaine, peut-être le coup de pied au cul nécessaire à Microsoft pour battre Linux?
Une sorte de Sun Tzu qui profite des dispositions du terrain pour donner l'impulsion salvatrice à Microsoft, simplement en ne faisant pas appel.
Un adepte du taoïsme dont l'action minimaliste (la non-action dans ce cas) aurait toutes les chances de passer inaperçue?

On peut douter d'une pareille approche chez un américain, bien sûr, et j'ai bien peur (et j'enrage pour Linux) que Microsoft n'ai même pas conscience da la chance qu'ils ont eu de perdre ce procès.

Hari
Par Hari Seldon
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Samedi 6 octobre 2007

Homme quantique, homme fractal
Je n’arrête pas de rebondir d’article en article sur les réflexions inspirées par cette émission sur Bob Dylan.
Je m’étais pourtant promis d’être sage –promis juré- suspension générale du jugement pour être entièrement à l’écoute de l’enseignement bouddhiste, dispensé par Thierry dans ce petit temple si cosy, au creux de la vallée de la Tyr.
Mais cette idée qui se cristallisait sous les touches du clavier, en rédigeant mon dernier article, cette hypothèse soulevée, selon laquelle nous pourrions à la fois être et ne pas être, me renvoie à d’autres pistes entr’aperçues.
Je n’ai ni le savoir, ni l’agilité d’esprit pour faire moi-même le pont théorique entre ce que je décris comme analyse diachronique (c'est-à-dire la vision de toute organisation comme un empilement de strates superposées, caractérisées chacune par une fréquence propre) et une représentation des organisations comme des modèles fractals.
Mais l’idée est la suivante: alors que dans la réalité matérielle, le temps s’écoulerait linéairement, et aurait une dimension égale à l’unité, notre incapacité à combler de nos représentations cet univers «compact» dans lequel nous baignons, nous ferait développer des «organisations fractales» pour appréhender le temps, représentations dans lesquelles, la dimension temporelle serait inférieure à 1.
De même qu’une éponge peut-être caractérisée par une dimension inférieure à 3, pour rendre compte du fait qu’elle n’occupe pas pleinement l’espace dans lequel elle s’inscrit.
C’est un peu une remise en cause du «carpe diem» dont on nous rebat les oreilles, pour nous culpabiliser de ne pas coller à la réalité, nous laisser distraire par notre imaginaire, mais sommes nous vraiment capables d’autre chose?
Nous sommes toujours sur plusieurs plans d’existence à la fois ; lorsque je conduis ma voiture comme ce jour-là, par exemple, beaucoup de gestes sont de simples réflexes, d’autres sont commandés par mon attention aux nids poules de cette route complètement défoncée, j’ai également l’oreille attirée par la radio, ce qui ne m’empêche pas de méditer sur l’article précédent de mon blog, alors que je suis par ailleurs inquiet de mon avenir, toujours porté par des projets en devenir et des tristesses nos évacuées. Bref je suis ici, et ailleurs, pas tout à fait dans l’instant, mais éparpillé sur une certaine plage de temps.
J’occupe le temps comme on sirote un cocktail, distraitement.
C’est de cette occupation lacunaire du temps dont je parle en disant que nous sommes organisés comme un objet fractal, dont la dimension temporelle est inférieure à 1.
Puis-je encore dire que j’existe (je parle de notre «Moi» tel que construit par notre Imaginaire) réellement?
Ne sommes – nous pas tous un peu évanescents ?
Vous voyez maintenant le lien entre cet homme fractal et la vision quantique qui se développait dans l’article précédent.
D’un côté comme de l’autre, c’est la «Réalité» (dans le triptyque Réel / Imaginaire / Symbolique de Lacan) qui m’interroge.
Mais peut-être, oui, peut-être, est-ce dans cette légèreté même que nous trouverons le moyen de nous échapper de cette Terre collant à la semelle de nos chaussures, comme disait Danton qui (tout comme Socrate), refusât au contraire de
partir…
Hari

PS: comme le dit Alice:
"I don't see how he can ever finish if he doesn't begin"

 

Par Hari Seldon - Publié dans : science fiction - Communauté : recherche 'pataphysique
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Vendredi 5 octobre 2007
Cette communauté est un espace  ouvert à ceux qui cherchent des idées nouvelles  pour assouvir leur curiosité , leurs rêves.
Mon propre rêve, c'est de voyager dans l'Univers.
Ce rêve m'a mené bien au-delà de la physique, mais peut-être que mon chemin croisera celui de certains d'entre vous ?
L'histoire montre qu'une idée n'arrive jamais seule dans un unique cerveau, mais qu'elle vient au jour un peu partout en même temps. Si j'ai pris ce chemin, il y a de fortes chances qu'il croise celui de quelques autres. Le web est l'endroit idéal pour y faire toutes sortes de rencontres....
Il convient donc d'essaimer ses idées à tous vents, la sélection naturelle fera le reste!
Hari

Par Hari Seldon - Communauté : recherche 'pataphysique
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Mercredi 3 octobre 2007

Pourquoi Bouddha?

 

Les raisons exposées dans le précédant article étaient d’ordre «relativiste», mais la raison principale qui relève d’une approche quantique nous ramène directement au cœur de notre sujet :

 

Comment voyager, s’échapper de la Terre et appréhender l’Univers.

 

La mécanique quantique nous offre le modèle suivant à méditer : tant qu’une particule n’est pas observée, la densité de probabilité qu’elle se trouve «quelque part» dans l’Univers n’est pas nulle.

 

C’est un principe que l’on cherche à mettre en pratique dans les transmissions, par exemple.

 

Bouddha-Besnardi--re.jpg Imaginons, maintenant que nous soyons nous-mêmes une émergence locale d’une entité «potentielle» ou «probable». Notre «actualisation» bloquerait «ici» et maintenant l’entité en question, l’incarnant dans notre état déterminé. Si nous arrivions à remonter vers cette source, celle-ci pourrait alors s’actualiser «ailleurs».

 

Le voyage, c’est précisément cette possibilité de passer de «ici» à «ailleurs».

 

Le voyageur ne serait pas, dans ce cas, notre «Moi» particulier, mais l’entité dont nous ne serions qu’un avatar.

 

De même que l’état de Bouddha permet d’échapper au temps (passer du domaine de la répétition, le Samsara au Dharma), de même nous permettrait-il de voyager dans l’espace.

 

Il y a, bien entendu, un lien entre temps et espace.

 

Ceci nous conduit à porter un regard neuf sur le fait pour Bouddha d’«exister ».

 

La question fondamentale n’est peut-être pas «To be or not to be» mais «To be and not to be».

 

Ce qu’illustre l’expérience du chat de Schrödinger.

 

Schr--dinger-cat.png Incidemment, nous sommes ici au cœur, me semble-t-il de la «croyance», qui nous ramène à ce que j’évoquais déjà dans l’effacement de Dieu.

 

Les considérations les plus ésotériques trouvent ici un champ d’application des plus concrets : l’exploration de l’Univers. Et je fais le pari qu’il nous faudra passer par ce type de considérations pour effectivement s’échapper du système solaire !

 

Que le voyage commence,

 

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : science fiction
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