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Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /2007 08:35

Pourquoi Bouddha?

Parce qu’il nous propose une expérience à tenter qui reste, au sens de Popper, une expérience réfutable : j’y arrive ou je n’y arrive pas.

Et alors ?


Il ne suffit pas qu’une expérience soit possible pour qu’elle soit désirable, il y a tant de choses à faire ici bas!


Quelle théorie une telle expérience peut-elle conforter?


Tout d’abord remarquons qu’il s’agit d’une ouverture sur plus de «relativité». Si l’on y regarde bien, chaque développement scientifique majeur tient sa source d’un renversement de perspective. Newton, en voyant tomber une pomme s’est dit qu’elle était dans le même rapport à la Terre que la Terre au Soleil. La révolution copernicienne a consisté à cesser de voir la Terre comme le centre de l’Univers, rôle tenu ensuite par le Soleil, puis le Soleil lui-même a été vu comme un astre parmi les autres, au sein de la galaxie, et notre galaxie elle-même s’est trouvée noyée dans une multitude d’autres. Non seulement perdue dans l’Univers, mais encore située dans le temps, entre le Big Bang et la mort thermique.


Parallèlement, l’Homme s’est détaché de lui-même pour se décrire, c’est le grand honneur de Freud de s’être pris lui-même comme champ d’observation (une sorte de «stade du Miroir»à l’échelle de l’Humanité dans son ensemble).


Mon idée, pour faire court, c’est que l’on ne peut pas se limiter à voir en l’Homme un individu. C’est une idée difficile à admettre, après s’être battus depuis le fond des âges pour faire respecter les droits de l’Homme et du Citoyen. Mais Foucault a déjà ouvert le sujet (c’est le cas de le dire) en prédisant la fin de l’Humaniste dans «Les Mots et les Choses» (je ne parle pas de Nietzche que je n’ai pas lu, désolé).

Après avoir parcouru un long chemin, pour nous affirmer comme individus, mais précisément grâce à cette libération et parce qu’héritiers du siècle des Lumières (merci à Voltaire, Diderot, Rousseau) nous pouvons maintenant questionner cette individualité, la remettre en cause. La liberté du joueur (et le philosophe est un joueur) n’est-elle pas de jouer son tapis ?

Mais nous avons du mal à franchir le pas, à envisager de n’être qu’un élément d’une sorte de Léviathan dont nous ne serions que les membres au même titre que nos jambes font partie de notre corps.
Nous avons bien déjà quelques soupçons : l’écologie nous rabat les oreilles à l’envie de sombres prévisions si nous ne prenons pas conscience de notre appartenance au système écologique de la Terre. Les psychologues montrent de leur côté que nous sentiments les plus forts comme l’amour, répondent plus à une poussée vitale qui s’impose à nous qu’à notre libre arbitre.

Freud puis Lacan (je ne parle pas de Jung à dessein), ont également senti que l’inconscient n’est déjà plus tout à fait dans l’individu, et que la personnalité (le Moi) de l’analysant (en présence de l’analyste) est portée par l’inconscient qui se tisse entre eux.
Le «Moi» s’inscrirait plus dans le discours que l’inverse.

Mais comment prendre conscience de cet «en dehors de Moi», comment se dépouiller de nos représentations, passer (casser) le miroir comme Alice. Me revient à l’esprit ce film de Cocteau, Orphée, où la radio annonce «les miroirs réfléchissent trop».
S’il est facile de «concevoir», d’imaginer, de se représenter ce qui nous compose (c’est précisément l’activité de notre «Imaginaire», avec quels instruments pourrions-nous accéder à ce qui nous donne sens, nous comprend?

C’est là un grand pas épistémologique, le défit de ce siècle peut-être ?
Et bien je pense qu’il est urgent que de s’y essayer.

fractale_soleil.jpg Considérons, par hypothèse, que nous ne soyons qu’une facette d’un ensemble plus vaste, pas en un sens horizontal, consistant à dire que nous avons des liens économiques, énergétiques, avec notre entourage, et nous, rois de l’Univers destinés de toute éternité à gérer ce pactole ; non, dans un sens bien différent, (comme la verticale s’oppose à l’horizontale, l'intensité à l'extension, le diachronique au synchronique), c'est pourquoi je parle ici de relativité d'échelle, liée à l'idée de représentation fractale) considérons, donc, que nous ne faisons sens qu’au regard de quelque entité qui nous dépasse.
Je ne parle pas d’un Dieu hors de l’Univers, mais de quelque chose qui soit en relation intime avec nous, dont nous procéderions. Qui nous dépasse, mais incarné dans ce monde, c'est-à-dire qu’il en respecte les lois, quoique sur un autre mode, qu’il nous importe de découvrir.
Ce serait prendre de ce fait un recul par rapport à nous-mêmes, qui approfondirait cette distanciation inaugurée par Copernic, Giordano Bruno et les autres à l’époque de la Renaissance, puis continuée avec Freud et Einstein (et bien d’autres comme Heisenberg ou Gödel etc…) chacun dans leur domaine, au cours du XXème siècle.
Voilà la problématique, qui nous occupe.

Et dans cette optique, le bouddhisme se propose de nous faire accéder à quelque chose qui nous transcende, appelé Bouddha.

Dans un premier temps, il est dit que celui qui arrive à l’Illumination devient un bouddha. Mais cette façon de dire n’est qu’une image : en effet, pour devenir bouddha, il faut prendre conscience de la vacuité du «Moi», qui n’est qu’une collection d’images rémanentes (ce qui colle bien avec un discours Lacanien). Donc, ce n’ai pas «Moi» qui devient Bouddha, puisque le chemin suivi consiste précisément à faire s’évanouir le «Moi». Il faut supposé que lorsque l’on a fait «réduire» la personnalité à force de méditation, se révèle quelque chose dont procéderait ce «Moi», comme l’alchimiste fait réduire ses décoctions pour précipiter la pierre philosophale.
(Rapprocher Bouddha de l’alchimie, je ne l’avais pas encore faite celle-là!)
En résumé :

Proposition : l’Homme n’est qu’une partie d’un organisme qui le transcende
Expérience : arriver à l’illumination pour devenir / être / se dissoudre dans / prendre conscience de / communiquer avec Bouddha.

Si l’expérience réussit aux yeux de celui qui la tente, restera encore le problème de communication suivant : aura-t-il réellement fait cette expérience, ou bien aura-t-il eu une hallucination ?
Il nous faudrait quelque critère permettant de trancher; quoiqu’en cas de succès, le problème risque de ne plus avoir de signification.

Comme dit l'autre, il n'y a plus qu'à..
Expérience en cours

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : Bouddhisme
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Vendredi 28 septembre 2007 5 28 /09 /2007 07:16

Voyez comment vont les choses, après mon dernier article, je me suis dit que je n’étais peut-être pas le premier à faire un rapprochement entre Bouddha et les surréalistes. Je vais donc, tel le surfeur moyen sur la toile, pour voir ce que google peut en ressortir.
Bonne pioche. Je trouve tout d’abord quelques articles de présentation intéressants dans le NouvelObs, sur lesquels je reviendrais, puis cette lettre d’Antonin Artaud au Dalaï Lama:

Nous sommes tes très fidèles serviteurs, ô grand Lama, donne-nous, adresse-nous tes lumières, dans un langage que nos esprits contaminés d'Européens puissent comprendre, et au besoin, change-nous notre Esprit, fais-nous un esprit tout tourné vers ces cimes parfaites où l'esprit de l'homme ne souffre plus.
Fais-nous un esprit sans habitudes, un esprit gelé véritablement dans l'esprit, ou un esprit avec des habitudes plus pures, les tiennes, si elles sont bonnes pour la liberté.
Nous sommes environnés de papes rugueux, de littérateurs, de critiques, de chiens, notre esprit est parmi les chiens, qui pensent immédiatement avec la terre, qui pensent indécrottablement dans le présent.
Enseigne-nous, Lama, la lévitation matérielle des corps et comment nous pourrions n'être plus tenus par la terre.Car, tu sais bien à quelle libération transparente des âmes, à quelle liberté de l'Esprit dans l'Esprit, Ô pape acceptable, ô pape en l'esprit véritable, nous faisons allusion.
C'est avec l'œil du dedans que je te regarde, ô pape au sommet du dedans.C'est du dedans que je te ressemble, moi, poussée, idée, lèvre, lévitation, rêve, cri, renonciation à l'idée, suspendu entre toutes les formes, et n'espérant plus que le vent.
Pas banal, non ?
Artaud-2007-copie-1.jpg




Surtout lorsque l’on s’imagine Artaud sous les traits que lui donne Cyril Leysin:
 
Pas vraiment un modèle de sérénité, n’est-ce pas?


Et puis je tombe sur cette peinture surréaliste de Bouddha de Fred Besnardière :
Bouddha-Besnardi--re.jpg
Il y a là un réel choc des cultures, bien rafraichissant.
Pour en revenir aux articles du nouvelobs j’en ai retenu deux choses:

 

Hiram.jpg Dans l’article Cet inconnu nommé Bouddha, l’histoire (celle que l’on rapporte), nous indique qu’à la fin de sa vie Bouddha fût agressé par 3 fois par de mauvais compagnons qui voulaient devenir calife à la place du calife…. Je ne peux pas me reporter à une tradition que rigoureusement mes frères m’ont interdit de nommer ici, mais enfin, hein, Hiram n’est pas loin.

D’un autre article sur l'ascèse radicale du jaïnisme, j’ai retenu de ces précurseurs qu’ils pensaient éteindre le cycle des renaissances, en arrêtant d’agir, à en mourir. Doctrine rejetée par Bouddha, mais qui tourne autour de la définition du karma. Je pense que tout est là, à savoir la découverte que le calme de l’esprit permet d’appréhender autre chose (voir l’article sur la Voie bouddhiste), principe auquel je rattacherais toute ma théorie.
Autour de l'Illumination (j'aime à penser qu'elle fût fortuite à l'origine comme le suggère l'article précédent du NouvelObs, pour rester en accord avec ce bon vieux principe dual du hasard et de la nécessité), tout peut être dit, pour enrober de justification ce vécu cru, et pour expliquer aux aveugles que nous sommes la voie à suivre (chacun la sienne, d’où la multiplicité des écoles, mais attention, Bruegel nous met en garde!):

les-aveugles-breughel.jpg L'enseignement même de Bouddha n'est pas doctrinaire, il témoigne d'une expérience vécue (semble-t-il) et propose une méthode pour y parvenir. Que la voie tracée se soit chosifiée en doctrine, c'est le propre, malheureusement de toute pensée qui se sclérose en église. Il ne semble donc pas important de se focaliser sur la justification de la méthode; mais bien d'en accepter l’essence:
 
Pour arriver à l’Illumination, il faut calmer son esprit, donc éteindre ses appétits, abandonner son Moi et ses craintes, bref s’ouvrir au monde et l’absorber comme un trou noir absorbe la lumière.
 
Comme quoi notre imagination peut bien tisser les liens les plus inattendus entre tous nos concepts et que, comme dit l’autre «tout est dans tout», sans oublier bien sûr la réciproque.

Bon week-end

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : Bouddhisme
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Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /2007 02:27

Hier, sur la route de Plum, en revenant de Prony, j’étais comme d’habitude (à perdre au plus vite !) perdu dans mes pensées, je remâchais ce que je n’avais pas écrit dans mon dernier article, qui m’était venu à l’esprit en parlant de l’Ecume des Jours. Fabienne aussi avait eu un nénuphar, non pas au poumon mais au pancréas, et j’avais accompagné (comme je l’ai pu) son agonie et j’avais senti combien notre espace se rétrécissait de jour en jour pour finir comme dit Brel par aller du lit au lit…Et puis j’écoutais sur France Inter quelqu’un parler du livre qu’il avait écrit sur Bob Dylan et je l’entendis prononcer le mot "surréaliste" et le court-circuit se fît dans ma tête, de l’objet de mon dernier article (Bouddha) au surréalisme en passant par Boris Vian :

Bouddha est par essence surréaliste.

C’est une évidence, pour qui veut bien comprendre que notre perception de la réalité étant imaginaire, Bouddha, après avoir appréhendé la vacuité de ce monde, se portant au-delà de l’Imaginaire, est de facto «sur» réaliste.
J’y voyais là une autre approche que celle qui m’est familière, balisée par le structuralisme (en passant par Lacan, ne vous en déplaise. (Je vais faire de cette référence à Lacan un gimmick que je placerais dans chaque article, comme ces mots que l’on s’oblige par jeu à prononcer dans un discours)).
Quoiqu’il y ait des passerelles du structuralisme au surréalisme, non ?
menines1.jpg Prenez par exemple le tableau «Las Meninas» dont parle Foucault (qui a une forte parentèle structuraliste) dans «Les mots et les choses» pour illustrer la place de l’observateur au sein de la représentation (voir l'article "Le vaisseau Terre") et bien Picasso (dans la mouvance surréaliste) l’a réinterprété à sa façon, très «construite», «structurée». Cependant ces deux représentations restent l’une comme l’autre dans le domaine de l’Imaginaire, même si Vélasquez peut paraître plus «réaliste».
menines-Picasso.JPG
Non, le vrai surréalisme, c’est de sortir du cadre du discours, de la représentation, du concept, alors là, oui, un bouddha est bel et bien surréaliste.
Et puis, la radio en toile de fond continue de couvrir le bruit de la route et l’auteur interviewé en vient à parler de «non sens», toujours à propos de Dylan, et ceci m’évoque immédiatement Alice au Pays des Merveilles. Je suis alors frappé par l’évidence que :

Bouddha est également le héros du non sens.
 
 
 

Si tant est que chacun d’entre nous donne du sens à ce qu’il voit, afin (pour aller vite) de compresser les informations qu’il traite et pouvoir agir efficacement sans entrer dans le détail de ses propres perceptions, alors, oui, lâcher prise, lâcher notre Moi imaginaire, c’est entrer dans le «non sens», ou plus exactement, lâcher «un» sens particulier, celui que nous donnons à notre vision du Monde (voir l'article "Personnalité et paranoïa"), pour s’ouvrir à l’ensemble des significations. L’illustration qui me vient immédiatement à l’esprit est celle d’Alice chez le lapin fou, en train de fêter son «non – anniversaire», évènement qu’il peut fêter en toute logique tout au long de l’année (sauf, bien évidemment le jour de son anniversaire).
Révolution Copernicienne, s’il en est : le vide est un lieu de foisonnement.
J’arrête là, Nouméa est en vue et l’émission s’achève.
Bonne route à tous.

 

Hari.

PS: Chloé meurt d'un nénuphar qui grandit en elle, alors que Bouddha est représenté assis sur un lotus, l'une mortelle, l'autre porteuse de vie, toutes deux fleurs d'eau que l'on pourrait confondre, le monde que l'on se construit, avec ces rencontres qui portent sens n'est-il pas étrange ?

Par Hari Seldon - Publié dans : Bouddhisme
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Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /2007 00:18
En repensant au fait que  l'un des 3 véhicules du Bouddhisme puisse être, finalement, la réponse à  mon envie d'explorer l'Univers, je  repassais en mémoire les différents  modes de locomotion  présentés dans les ouvrages de science fiction.
Le-monde-des-non-A.jpg
La technique qui m'avait le plus frappé, dans ma jeunesse, était celle de Gilbert Gossein dans le Monde des non A. En effet, pour se déplacer, il lui suffit de se représenter (avec une précision de 20 décimales !) l'endroit où il veut aller. Comme deux choses identiques ne peuvent exister séparément, le modèle vient se coller à l'original.
Il y a là matière à réflexion, n'est-ce pas?



"Non A " veut dire "non aristotélicien", l'essence même de la philosophie que Van Vogt développe à l'appui de cet étrange moyen de locomotion, basée sur la sémantique générale, dérivant elle - même du nominalisme.
C'est dire que nous sommes ici au coeur du domaine cher à Lacan (forcément Lacan, toujours et encore) c'est à dire le language.
C'est aussi une façon de voir très proche du Bouddhisme, pour qui voudra bien se donner la peine d'y réfléchir: tout est représentation.....
smagr3.jpg
Van Vogt pour illustrer cette philosophie répète à l'envie, "la carte n'est pas le territoire", ce qui me fait penser à ce tableau de Magritte:



Qu'il ait été traduit par Boris Vian, qui joue tant avec les mots, les images (j'ai été remué, touché, bouleversé par l'Ecume des jours) n'est pas sans signification. Et puis, il a ce cri: "je voudrais pas crever, avant d'avoir vu les singes à cul nu dévoreurs de tropiques". Voyage, quête, rébellion, recherche d'une issue....
Cherchons, cherchons, nous finirons bien par trouver quelque chose....

Hari

PS: à propos de chercher, connaissez-vous l'une des plus vieilles histoires du Monde?
De nuit, un passant  le nez au sol, examine attentivement la zone éclairée par un réverbère, un quidam lui demande ce qu'il fait là:
                - j'ai perdu mes clefs,
               
- vous les avez perdues ici ?
               
- non, un peu plus loin,
               
- alors pourquoi chercher ici ?
               
- parce que là-bas je n'y vois rien....
Par Hari Seldon - Publié dans : science fiction
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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /2007 03:29
Difficile de prendre la décision  de suivre la Voie qui s'offre à moi. J'ai bien parcouru  ce livre "La Voie Joyeuse",  qui présente à priori des récits  incohérents.

Le problème qui se pose au guide (car lire ne saurait suffire) c'est d'exprimer l'indicible.
En effet ,  nous sommes, nous Humains,  spécifiquement des  êtres de la "parole", c'est ce qui nous différencie des animaux pour l'essentiel,  ce qui induit la "réflexion" sur le monde (déjà un problème de miroirs, cher à Lacan).  Or, le but du chemin proposé se trouve au-delà des mots. Donc prendre conscience de la vacuité essentielle de notre "Moi", de notre représentation du Monde, c'est prendre conscience que tout ceci, toutes mes représentations ne sont qu'un reflet de ce que je peux exprimer. Je suis porté par mon discours, inscrit dans une  culture, exprimée par une langue.

Donc l'exercice de motiver un  éventuel adepte à suivre la Voie,  est extrêmement difficile,  puisqu'il faut user de mots qui de toute façon sont inadéquates. Chaque écrit est donc à réinterpréter en fonction du degré d'avancement. L'honnêteté tient à ce que le guide indique en permanence son but, ce qu'il fait (même s'il s'agit de "modeler", "motiver", "manipuler" l'esprit), et que l'ensemble du corpus soit accessible à l'élève (qui n'est limité que par sa propre compréhension). Dans ce contexte, vouloir creuser un texte, en faire l'exégèse trop tôt n'a pas de sens. Il faut, au début faire une épochè. La limite de l'exercice c'est qu'en cours de chemin, l'économie du texte s'éclaire effectivement par la pratique; sinon, il faut s'arrêter.  Voilà, je pense, le parachute qu'il faut s'accorder.

Il y a donc un moment de lâcher prise auquel il faut consentir, un acte de foi à poser, comme lors de la construction d'un pont, on projette son tablier dans le vide, en espérant qu'il ne s'écroule pas avant de pouvoir l'asseoir sur la pile suivante (si tant est, bien entendu que le pilier espéré soit au rendez-vous!!!).
viaduc-Millau.jpg
Ceci n'empêche pas, du côté de cette rive, bien (bien ?) enracinée dans le quotidien (sinon le réel), de trouver de nouvelles figures, plus en harmonie avec notre culture, pour faciliter ce démarrage. c'est une tâche que je veux continuer (reprendre mon étude de Lacan, cela fait une année que je n'ai pas ouvert un livre du Séminaire, dur, dur).
Mais d'un autre côte, je sens comme une telle congruence entre l'objectif bouddhiste et la vision qui se forme en moi du sens de l'évolution (Bouddha ne serait-il pas le chaînon suivant de l'évolution ?) et l'effort à fournir me semble par ailleurs raisonnable et conforme à mon éthique.

Et puis, en parcourant les blogs sur le sujet, je tombe sur un blog islamiste qui dénonce les erreurs du Bouddhisme. Il indique en particulier que les occidentaux favorisent le développement du Bouddhisme, contre les 3 religions du Livre, parce qu'il conforte les erreurs du darwinisme!
Voilà vraiment une argument qui ne peut que me pousser dans la Voie bouddhiste.
Allez, encore un petit effort, car je me sais très velléitaire!

Motivation en cours de développement.

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : Bouddhisme
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Mardi 11 septembre 2007 2 11 /09 /2007 09:52

En ruminant (comme d’habitude) mon dernier article, et en particulier le parallèle que j’y esquissais entre la «Voie» bouddhiste et la «Voie» taoïste, la curiosité m’a pris d’aller voir sur le net si j’avais bien interprété la différence entre ces deux «Voies».

 

Il semble qu’une branche chinoise mêlant les deux approches se soit constituée (le bouddhisme Chan, qui a évolué ensuite vers le Zen japonais).

 

Or, le moins qu’on puisse dire est que les différences culturelles entre indous et chinois y éclatent franchement. En effet, si la technique méditative a été retenue (Chan veut dire «méditation silencieuse»), les buts divergent radicalement et avec une virulence dans les propos que je n’aurais pas imaginée:

 

Les bodhisattvas sont des ouvriers qui transportent du fumier..le nirvana et la bodhi sont de vieilles souches où attacher vos ânes. Les douze catégories d'enseignement sacré ne sont qu'une liste de fantômes, du papier pour essuyer le pus des furoncles..qu'est-ce que tout cela a à voir avec la salvation?

Les sages ne s'adressent pas au Bouddha, ce grand assassin qui a attiré tant de gens dans les pièges du démon proxénète

 

Xuanjian

 

Et le but lui-même du Bouddhisme, c'est-à-dire l’Illumination, n’est certes pas leur préoccupation majeure; voyez ce conseil du même Xuanjian:

 

Habillez-vous, mangez, chiez, c'est tout. Il n'y a pas de cycle des morts et des renaissances à craindre, pas de nirvana à atteindre, pas de bodhi à acquérir. Soyez une personne ordinaire, sans rien à accomplir.

 

Donc, fidèles à leur pragmatisme viscéral, les chinois ne s’intéressent qu’à l’aspect opératoire, c'est-à-dire la technique de méditation.

 

Ce contraste met en relief un aspect proprement indo-européen du Bouddhisme : l’exaltation du héros. Bouddha lui-même est le héros qui, par l’Illumination, échappe aux vicissitudes du Monde et atteint son objectif. Dans le même temps, chez les grecs, Ulysse mène sa barque contre vents et marées pour suivre la voie qu’il se trace. Les buts sont différents, les domaines également, mais cette façon de se fixer un objectif et d’exalter les vertus des héros qui luttent contre les éléments pour l'atteindre, fût-il extra-mondain, relève d’un patrimoine commun.

 

Il y a bien sûr d’autres points qui nous semblent familiers dans la doctrine bouddhiste, et ramènent à Dumézil, mais c’est de l’érudition qui nous éloignerait du propos (en fatiguant le lecteur !).

 

On s’étonne moins, maintenant de retrouver la «métis» que l’on croyait propre aux grecs, dans cette manipulation particulière, proche de l’autosuggestion qu’est la méditation bouddhiste.

 

Le propre du Bouddhisme, c’est un acte de foi, un pas que l’on s’engage à sauter. Les efforts pour arriver à la contemplation du Vide (après avoir compris la vacuité de nos représentations et de notre «Moi»), conduisent à un état indicible: l’Illumination.

 

Pour y tendre, toutes les «techniques» sont bonnes, y compris la manipulation de son propre esprit. L’adepte sait qu’il hallucine le monde, mais au lieu, comme le taoïste de nettoyer sa vision du Monde, de coller au terrain, il travaille cette vision, il la modèle, manipule et oriente son esprit pour atteindre son but.

 

C’est l’antithèse d’une attitude taoïste

 

Cet oubli du Monde me gène dans la démarche bouddhiste : le but visé est tout pour l’adepte. Sa vie quotidienne, le monde tels qu’ils lui apparaissent doivent s’effacer, seule doit rester la détermination à atteindre le but.

 

Que l'Univers soit le tout de mon cru n'est pas forcément une pensée eschatologique, si vous me suivez bien (ça va être difficile à traduire!)....

Je ne vois pas tout à fait les choses ainsi. Je comprends, bien sûr, tout ce qui nous est dit sur la perception du Monde (qui est très proche du discours lacanien en fait), le fait même que nous hallucinions le monde, mais derrière cela, il doit rester quelques mécanismes que l’on ne peut rejeter si vite. Pour tout dire, je ne pense pas que le Bouddha, après l’Illumination (je fais même ce pari) puisse se passer totalement de l’existence des êtres inférieurs, que le Dharma puisse exister hors du Samsara.

 

La nature nous montre partout (malgré tous les biais dont sont affectés nos sens) qu’il y a une hiérarchie des êtres, que de façon générale les gros mangent les petits et qu’il faut beaucoup de proies pour nourrir un prédateur.

 

Or, le bouddhisme prescrit la recherche par l’adepte, d’un refuge auprès des Bouddhas, il y a également la nécessité de leur faire des offrandes pour s’attirer leur bénédiction. Des flux sont donc établis des uns aux autres (la roue continue de tourner), pourquoi dès lors exclure que ces flux (ces transactions) puissent répondre à une certaine économie ?

 

« Tu es mon saigneur oh berger !» encore et toujours la même petite musique quelque part dans ma tête, propre à faire reconsidérer les formules un peu rudes de l’ami Xuanjian….

 

J’ai l’air dubitatif, mais ne puis m'empêcher d'espérer quelque part, que le «Grand Véhicule» des bouddhistes soit le vaisseau que je recherche, celui qui nous ouvrirait les portes de l'Univers?

 

 

 

A suivre donc….

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /2007 01:37

Il est toujours intéressant de lire en parallèle plusieurs livres traitant de sujets différents : notre esprit, soucieux de s’économiser sans doute, s’efforce toujours d’établir des rapports, des liens ou des oppositions de l’un à l’autre. De même que pour repérer la Grande Ourse dans le ciel, on ne peut s’empêcher d’associer les étoiles entre elles pour repérer la forme d’une casserole.

J’ai donc lu «Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens», avec l’idée qu’il devait y avoir un lien avec l’hypnose, à laquelle je m’étais intéressé l’année dernière (voir les articles précédents "Psycho histoire et manipulation" et "De l'hypnose à Derrida ").

Par ailleurs, j’ai assisté à une sorte de retraite d’un week-end avec des bouddhistes (courant Mahayana pour ceux qui savent) dont la doctrine est résumée dans un livre : «La voie Joyeuse».

Pourquoi cet intérêt pour le bouddhisme me direz-vous ?

C’est une voie d’exploration qui me semble venir naturellement dans le prolongement de la théorie que j’ai développée pour l’analyse des organisations. Avec en particulier cet aspect fractal du modèle dans lequel je cherche à transcrire la théorie lacanienne. Or donc, si l’on garde en mémoire d’une part la structure en 3 strates de Lacan (Réel/ Imaginaire/ Symbolique) et d’autre part le fait qu’il y a solution de continuité de l’homme à la société (avec le même schéma élémentaire de niveau en niveau), dans un même modèle fractal, la question évidente est de se demander, concernant l’étude de l’Homme, quel est le niveau au-delà du Symbolique.

Quand à ma lecture sur l’arnaque, je n’ai pas été déçu : elle m’a fait prendre conscience d’un dysfonctionnement organisationnel qu’il va me falloir approfondir rapidement. La cause de ce dysfonctionnement est le suivant :

On se souviendra que d’un niveau au niveau supérieur, j’ai établi (c’est ma thèse) que la fréquence des transactions diminue (les niveaux supérieurs s’occupent du long terme). Par ailleurs, j’ai proposé de dire qu’un niveau n’intervient que lorsque le niveau inférieur est dans une transaction qui ne peut aboutir (dans une entreprise, on fait appel au chef lorsque l’on ne peut résoudre un problème inattendu).

Ce modèle soulève des questions intéressantes :

-         Que se passe-t-il lorsque, compte tenu de l’inertie du niveau N+1, le niveau N est en situation d’échec, c'est-à-dire durant le laps de temps nécessaire pour alerter N+1, le temps pour celui-ci de se définir par rapport au problème posé, le temps enfin mis par ce dernier pour réorienter les choix offerts au niveau N. Il y a là une période de flottement. Ce temps mort est bien connu par exemple des aviateurs: lorsque survient une circonstance imprévue, il y a une période d'environ 30 secondes nécessaire pour que le pilote retrouve son contrôle. C'est pour diminuer ce temps de latence que les  pilotes s'entraînent sur simulateur.  Il s'agit en effet de limiter la charge de travail du pilote en automatisant un maximum les séries d'actions qu'il est amené à faire en chaque circonstance d'une part et d'accélérer son analyse des situations catastrophiques (au sens propre cette fois-ci!) d'autre part.

-         Dans l’analyse «diachronique» que j’ai proposée j’ai supposé, pour faire simple, qu’un état du niveau N correspond à un état du niveau N+1, mais la réalité peut être moins tranchée. Je m’explique: supposons une caissière face à une ménagère dans un super marché. La politique du chef de rayon est que la file d’attente des clients soit traitée en FIFO (first in, first out). Mais si la fille (blonde et capricieuse) du patron (vindicatif et brutal) du magasin se présente dans la file ou qu’une urgence se présente (femme enceinte, personne malade, petit ami ayant chapardé dans les rayons), la caissière peut avoir des raisons «supérieures» (de niveau N+2)  de modifier l'ordre de passage, entrant en conflit avec les consignes données.

Je pense que ces périodes perturbées sont utilisées dans les séances d’hypnose pour donner accès aux niveaux supérieurs, en troublant le niveau de perception immédiate. La perturbation tient toujours à la saturation du niveau Imaginaire par l’utilisation de plusieurs canaux de communication (la parole et un attouchement, ou bien une odeur, un effet optique) pour se faufiler entre les cerveaux droit et gauche et atteindre le niveau Symbolique. D'ailleurs, la mise en situation de stress est un expédient largement utilisé par les gourous de tout poil pour rendre leur cheptel réceptif. C'était en particulier la pratique de Gurdjieff. N'y a-t-il pas quelque parentèle entre le stress et la transe...

C’est un phénomène similaire qui est utilisé par les arnaqueurs. Prenons la technique de « la porte au nez » ou méthode de la «proposition inacceptable».

Cette méthode est utilisée lorsqu’il y a à la base accord de la personne sollicitée sur la bonne œuvre qui est mise en avant (aide aux enfants malades, lutte contre le SIDA etc…). On peut dire qu’il s’agit d’un accord de niveau élevé (niveau Symbolique). La phase initiale est de rappeler cet accord (pour que la transaction soit activée à ce niveau durant la "manipulation"). Ensuite ; on fait une demande trop forte : par exemple, accompagner des enfants malades 2 heures par jour pendant 2 ans. Ce n’est absolument pas votre préoccupation du moment : vous êtes au marché, en train de choisir une botte de poireaux. Votre univers immédiat (niveau N) est conditionné au niveau imaginaire (niveau N+1) par des considérations du type : limiter la dépense, acheter frais, penser à prendre les enfants d’ici 1 heure chez la nounou, prévoir des plats qui se cuisinent en 30 mn maximum etc...

Un échec au niveau N (Réel) alerte automatiquement le niveau supérieur (Imaginaire N+1) pour réorienter les choix au niveau N. Mais – et c’est là précisément qu’intervient la manipulation – le niveau Symbolique N+2 à été changé immédiatement avant cette activation du niveau Imaginaire N+1.

Avant cette mise en condition, l’état d’esprit de la personne sollicitée était –par exemple- une certaine satisfaction de jouer son rôle de bonne ménagère (comme le serveur des Deux Magots jouait à faire le «serveur », selon Sartres). Donc, si la proposition était intervenue à ce moment, le niveau Imaginaire (N+1) n’aurait vu aucune objection à laisser le niveau N rejeter effectivement la proposition (fuite). C’était une attitude acceptable.

Mais, l’état du niveau N+2 ayant été modifié, la fuite pure et simple au niveau réel N mettrait maintenant le niveau Imaginaire N+1 dans l’embarras, (en contradiction avec l’attitude – Symbolique- affichée). La modification de l’état de N+2, induit une modification des états accessibles à N+1, lorsque le niveau N le sollicite pour résoudre un problème inattendu.

Il faut donc que N+1 réajuste ("imagine") les choix qu'il doit offrir à N (son engagement "réel"), en fonction de l'évolution de l'attitude N+2 qui vient d'avoir lieu. Le niveau N+1 est en état de stress : il doit une réponse alors qu’il doit lui-même se redéfinir (le facteur temps est au cœur de toutes les manipulations).

Vient alors la seconde proposition: faire une présentation d’une heure dans l’école de votre fille jeudi prochain. Intervient ici une notion d’économie : Le niveau Imaginaire se voit proposer une solution de moindre coût, qui ne remet pas en cause fondamentalement tout l’équilibre de la personnalité, mais permet à l’Imaginaire de répondre sans grande dépense à l’attitude Symbolique adoptée.

Cette offre est facilement acceptée, car elle permet de résoudre le conflit précédent à un moindre coût (en minimisant le coût de la remise en cause du niveau N+1). Il y a, dans ce mécanisme, une notion d'économie générale à respecter. Comme tout système, l'Homme cherche à économiser son énergie (il y aurait un parallèle intéressant à établir entre libido, karma et énergie).

Dans ce cas de figure, le fait d'agir directement sur N+2 (sans dépense d’énergie, puisque l'accord est "culturel", donc acquis, il ne s'agit que d'une actualisation, pas d'une modification), pour induire une modification en N+1, voulue en N, permet de mobiliser une grande énergie avec peu de moyens. L’énergie à mobiliser, nécessaire pour changer d’état, augmente de niveau en niveau. Pour modifier le système Symbolique, par exemple, il peut être nécessaire de faire une analyse, longue et coûteuse.

Ce qui est intéressant (et que je n’avais pas encore théorisé) c’est cette possibilité d'agir sur les niveaux supérieurs à partir des niveaux inférieurs. On pense plus souvent au sens descendant du commandement dans les organisations.

On retrouve ici cette notion de montée/descente évoquée dans des articles précédents (Monter / Descendre  ou Le Karma de Lucifer).

Il y a dans la manipulation une connotation d’agilité, de vivacité qui s’explique parfaitement : on ne peut remonter contre le courant qu’en restant inaperçu, en profitant des moments de flottements décrits précédemment. C’est toute la Métis d’Ulysse qu’il faut revoir.

En bien j’ai l’impression qu’il s’agit d’une méthode du même type que mettent en pratique les bouddhistes pour arriver à l’Illumination. Il s’agit là aussi de «remonter le courant», avec cette difficulté supplémentaire que le niveau à atteindre n’est pas descriptible, puisqu'au delà du Symbolique même !

En aparté, on pourrait remarquer que si les bouddhistes cherchent à «remonter le courant» (vers le Dharma, en abandonnant le monde actuel, le Samsara), les taoïstes cherchent à suivre le chemin de moindre résistance, à s’inscrire dans le cours des choses (comprendre le sens du vivant, négocier leur place au sein du Samsara). Ils insistent sur l'impermanence des choses, leurs continuelles transformation que symbolise la peau de tigre tachetée de Fushi, l'inventeur du Yi King.

Cette manipulation déclarée, revendiquée même, par les bouddhistes, me fait un peu renâcler, alors que je souhaiterais ardemment faire l’expérience de la méditation, apaiser mon esprit (diminuer le rythme des transactions), contourner le filtre du Moi (niveau Imaginaire) pour voir ce qu’il en est lorsque l’on arrive à la contemplation du vide. Je suis vraiment très attiré, mais la Voie proposée (fût-elle Joyeuse) n’est pas très excitante !

Je m’imagine bien qu’il faille atteindre un calme parfait pour pouvoir espérer ressentir la présence subtile de ce Je (ou de cette force) qui m’agite (comme le marionnettiste agite sa poupée). Je fais l’analogie avec ces immenses bassins d’eau lourde qu’il faut installer au fond de profondes grottes souterraines, à l’abri de tout rayonnement solaire pour espérer capturer un tachyon vagabond.

Il faudrait avoir un esprit aussi calme que ce lac souterrain pour capter quelque chose d'aussi subtile que cette force vitale.

Voilà, j’ai d’un côté pas mal de développements en perspective, au niveau théorique; et de l'autre, je suis impatient de vivre personnellement cette expérience. Mais je ne me vois pas vraiment suivre la Voie tracée sans broncher.

A suivre donc.

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /2007 10:39
Ruminant les derniers échos que provoque en moi l'écriture de mon précédent article, je me fais la réflexion que la parabole des talents, contée par la Bible, est quand même une bien sale blague et nous a bien pourri le présent, avec les dérives que l'on constate dans "l'américan way of life" qui nous englue.
Qu'en est-il a juste ?

On connait l'histoire:
Un paysan, avant de partir pour faire je ne sais quoi, donne une somme d'argent (des talents) à ces trois serviteurs, puis part un temps, revient et fait les comptes avec sa maisonnée.
Le premier n'a plus rien, le second a conservé le pécule, le dernier l'a fait fructifier.
Notre paysan fait donc comme les enfants qui jouent à 1, 2, 3 soleil. Il ferme les yeux, indifférent à ce qui se passe, compte 1, 2, 3 ouvre les yeux et fait un constat.
Pendant cette absence, il reste ignorant de l'être même de l'Univers, qui par essence bouge, évolue, passe, pour n'en retenir que quelques images épisodiques.
Attitude étrange, entre parenthèses, qui tendrait à prouver que Dieu se foutrait de la façon dont on vit pourvu qu'il en récupère quelque chose (toujours cette petite musique dans ma tête:"tu es mon saigneur oh berger"...). De là à traiter Dieu de juif...
C'est comme au cinéma où l'imperfection de nos sens fait qu'une succession d'images passe à nos yeux pour une perception directe du mouvement.

Le drame vient de l'usage fait de cette parabole par les protestants.
La théorie de Weber est connue: pour le protestant, il importe de faire fructifier ce que Dieu nous a confié et pour en faire la démonstration, il faut que cela ce voit. Il y a là ce glissement propre à l'Humain, qui passe du Réel à l'Imaginaire, et fait sens au niveau Symbolique.
La dérive protestante est là: le moyen s'efface devant le résultat. L'être s'efface devant l'avoir, le mouvement s'arrête pour se chosifier, l'énergie devient pesante (e=mc2), la nourriture matière (fécale) et prend sens par les signes qui la marquent pour qu'enfin le bienheureux parvenu paraisse.
Dans ce passage de l'être à l'avoir, l'aristocrate (dont la devise est du style:"Peu me chaut de subir", ou "Au plaisir de Dieu", ou "Roi ne puis, prince ne daigne, Condé suis") qui étalait son plaisir d'être, prenant l'argent à la pointe de l'épé pour en user, Chrétien par la grâce d'Adrien et de Clovis, s'efface devant le bourgeois, porteur des couleurs protestantes. La jouissance se fait constipation.

Au secours, ils nous plongent dans leur morne univers liophilisé, nous vident  sous perfusion d'images, pour mieux nous engraisser au mac do formaté!

A quand Matrix ?

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /2007 07:06
Quelque chose me trotte dans la tête depuis un certain temps.
Lacan parle d'au-delà du principe du plaisir, et pour lui cet étape antérieure, très primitive, c'est le principe de répétition.
L'autre jour à la TV, j'ai vu un documentaire sur l'évolution de l'Univers depuis le point zéro (hypothétique) du big Bang, jusqu'à sa mort thermique. Passé comme cela, en accéléré, ce qui frappe, c'est la succession d'états de grande agitation, de bouillonnement, de folle exubérande, puis le passage par un état définissable, un point de non retour. Il semble que l'histoire se construise par des séquences pendant lesquelles règne le désordre, délimitées par des états où semble-t-il un seuil est atteint.
Quelques exemples qui m'ont frappé: pas loin de l'origine, il y eu un temps où matière et antimatière étaient confinées ensemble, s'annihilant presque. Le presque tient uniquement à un léger excédant de matière sur l'antimatière (de l'ordre de 1 pour 1.000.000).
Ensuite, au sein des étoiles, la matière, à force d'entrer en collision, dans une sorte de chaudron qui finit par imploser a formé tous les corps jusqu'au fer. Il a fallu ensuite que cette matière redistribuée soit impliquée dans des explosions de super nova pour que les éléments lourds adviennent.
Il y a comme cela, jusqu'à nous d'incroyables bouillonnements de vie pour que celle-ci se moule dans une forme qui n'est plus remise en cause.
Notre ADN même porte en mémoire l'ensemble de notre histoire, les essais et erreurs dont nous sommes issus; puisqu'à peine 2% de celui-ci porte une information utile, le reste n'est que bruit d'essais avortés.
Bref, voilà ce qui s'impose à mon esprit: la nature est exubérante, elle fait tout à profusion et pendant longtemps, puis, une ligne de moindre résistance se dessine et la vie toute entière se moule dans ce passage.
Et nous n'en voyons que les étapes stables. C'est un peu comme lorsque l'on fait un zoom depuis l'infini jusqu'au quarks (la NASA a fait un tel documentaire sur le net). Et bien, dans ce zoom, il y a des étapes que l'on repère bien, puis des séquences entre - deux qui n'ont pas de grande signification, pas de forme repérable (même chose pour un zoom sur une fractale, bien sûr!).
C'est un peu comme ce jeu auquel jouent les enfants: l'un d'eux (l'observateur) compte jusqu'à trois puis ouvre les yeux. A ce moment les joueurs doivent être immobiles, mais lorsque l'observateur ferme les yeux, alors ils se mettent en mouvement.

J'imagine que ce principe de répétition dont parle Lacan est ce mouvement même de l'Univers que l'on repère en nous. Nous n'arrêtons pas de bouger, de nous agiter (les atomes qui nous constituent, nos tissus qui vivent en meurt en un cycle d'une dizaine d'année, nos biorythmes, nos pensées, nos envies, nos pulsions, nos amours).
Et puis, de temps en temps, une façon de bouger que l'on répète plus fréquemment devient nôtre (notre façon de marcher, de manger, de parler, un tic, une façon de relever une mèche de cheveux, une façon de tomber amoureux ou de boire une bière), sans doute parce qu'elle nous convient mieux, c'est à dire qu'elle nous demande moins d'énergie, ou qu'elle nous "satisfait" mieux d'une façon ou d'une autre, nous fait "plaisir", devient une constante; sur laquelle nous ne revenons plus (à moins de nous "remettre en cause", de nous re-causer, de nous re-constituer). Elle se chosifie, se dépose en strates. Les synapses correspondantes dans notre cerveau désertent certaines régions pour suivre ces chemins déjà balisés.
Avant que notre squelette ne se calcifie, nous nous figeons dans notre tête.

Ce n'est pas toujours mauvais d'abandonner des chemins qui ne mènent nul part, il n'y a pas là de jugement de valeur. Prenez par exemple le jeu d'échecs; et bien un grand joueur, par sa pratique du jeu évitera de dépenser de l'énergie pour envisager des solutions qu'il sait, par avance,  être de mauvaises pistes; tandis que le néophyte envisagera avec la même attention toutes les pistes et se fatiguera  plus vite.
Le revers de la médaille, c'est qu'à parcourir des chemins balisés, il est plus difficile de faire des découvertes. C'est sans doute pour cela qu'en mathématiques, les génies sont toujours précoces.

J'ai en tête, pour illustrer ce mécanisme cet exemple fourni par Joël de Rosnay lors du dernier congrès AFSCET.
Si l'on met une brindille perpendiculairement au chemin qu'emprunte une colonie de fourmis pour leur barrer la route et bien les fourmis finiront par contourner la brindille par le côté le plus court.
Le phénomène tient à ce que les fourmis dégagent des phéromones et suivent le chemin qui a la plus forte odeur. Or, au début, les fourmis se distribuent au hasard, de droite et de gauche (c'est l'étape du bouillonnement primitif, au hasard). Cependant, au fil du temps, l'odeur se renforce là où la distance est la plus faible, et donc, petit à petit, ce chemin devient prioritaire et l'autre est vite oublié (si au début, les fourmis se distribuent au hasard, leur vitesse est plus faible sur la distance la plus courte, leur densité augmente et l'odeur se renforce), au bouillonnement initial succède un état stable.
Il n'y a pas ici d'intelligence globale: ce comportement ne devient intelligent que par le sens que nous lui donnons.
Il doit en être de même des synapses dans le cerveau.

Je vois pour ma part un même élan vital (je sais: le terme est très connoté) qui nous vient du fond de l'Univers pour guider nos simples vies. On doit lire Lacan, à mon sens, sans en limiter la porté à l'homme isolé de l'Univers.

Hari

Nota: j'ai toujours en tête cette phrase de Foucault à la fin des mots et des choses:
"l'humanité s'éffacera comme à la mer un visage de sable".
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Samedi 24 mars 2007 6 24 /03 /2007 20:43
Depuis le dernier article, des évènements personnels m'ont éloigné de ce blog.
Tout d'abord, je me retrouve seul, ma femme et mes deux dernières filles étant rentrées en métropole. Il s'agit d'une séparation définitive d'avec ma femme et l'éloignement de mes filles m'attriste au delà de ce que je saurais dire.
Pour me changer les idées, sortir de mon cadre habituel, j'ai emménagé sur un voilier ancré dans une marina de Nouméa. Le changement de cadre, le besoin de retrouver d'autres repères, d'autres perspectives (d'autres lignes de fuite) me distraient donc de ce manque.
Mais je n'en ressens pas moins une très grande solitude, que me masquait en fait la présence de ma famille, qu'accompagne le sentiment d'être inutile et de poursuivre des chimères.

Bien sûr, jai essayé de tisser d'autres liens en m'inscrivant sur Meetic, mais sans succès.
Pis que cela:  en dialogant avec quelqu'un qui me semblait pouvoir être intéressé par Lacan, parce que psychanaliste (et psychanalysée par un lacanien, avec le vocabuliare, et les jeux de mots qui vont avec), je lui ai transmis l'adresse de ce blog, dans l'espoir au moins d'en discuter.
Son message en réponse m'a tacklé sévère:

"Vous êtes QI,
.... Quelle belle intelligence absconse ! Sans doute brillante et
profonde mais tellement conceptuelle à mes yeux, tellement
intellectuelle, digitale. J'ai le sentiment d'entrer dans un
caisson à oxygène où je mourrais paradoxalement
d'asphyxie... pardon...
Il me manque de l'absence, de la fragilité, des alliances
provisoires, éphémères, de l'absurde...
En réalité, je n'ai malheureusement rien compris à ce que
vous proposez et je ne puis donc faire aucun comment-dire
intelligent, ni comment-taire...
Juste une sensation, une émotion d'entrer dans un monde
tellement touffu que j'y cherche votre âme, votre
respiration, vos peurs, vos élans..."
Elle avait la sensation d'entrer dans un monde sec et abscond, je n'ai donc rien su faire passer ?
Ce qui m'a le plus agacé et vexé même, c'est le dégagement en touche sous prétexte d'intelligence (le vous êtes QI est fort bien trouvé à ce propos), cette pauvre excuse d'étiqueter intelligent quelque chose qui échappe pour s'exonérer d'en parler. Il n'y a rien de particulièrement intelligent a procéder au recyclage d'idées qui viennent, elles, de gens réellement intelligents. Je ne fais que de la réutilisation de concepts, parfois anciens, dans une perspective nouvelle.

Peut-être devrais-je parler de 'pataphysique pour faire comprendre que j'invite ici à un changement de perspective?

Toujours est-il que je n'arrive à intéresser personne aux problèmes qui me touchent. Or j'ai besoin d'une audience, de briser ce mur de silence.
En effet, pour recoller à mon précédent article, la question reste posée de savoir pourquoi (ou pour qui) l'on roule si l'on n'a pas de but fixé. S'agit-il simplement de survivre ?
A quoi bon ?
Non, la réponse doit être autre, nous ne sommes pas devenus ces superbes machines dont nous commençons à entrevoir le fonctionnement pour simplement perdurer, il doit y avoir autre chose, un but à servir.
Y a - t - il plus grand dessein que de servir ?

Non, et cette attitude de base, qui peut paraître un peu aristocratique, me semble plus appropriée, plus riche de perspectives, que la simple revendication de notre libre volonté.
Mais il faut avant tout se trouver un but acceptable (éligible, parmi ceux qui se proposent à nous) sur quoi insiste mon ami Janusz, point qu'en fait j'ai mis en exergue de ce blog, si l'on y fait attention.
J'ai proposé un but, mais qui n'a de sens que s'il est fédérateur d'énergie et c'est bien ce qui me pose problème.

Redémarrage en cours...

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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