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philosophie

Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 19:32
Voyez comment vont les choses : Nous avons ici, sur le chantier un problème de délai. La chose était prévisible depuis déjà longtemps, en termes d’organisation. Mais cela c’est précisé en août. Nous avons donc fait des relances, et, depuis deux semaines, nous avons vraiment secoué le cocotier.
La date d’achèvement des travaux, fixée au 15/10, avait commencé à glisser vers la fin octobre, et de plus, le metteur à service y allant de ses propres prévisions, en rajoutait une couche.
Bref, tout risquait de partir en vrille. Alors, sortant un peu de notre rôle passif de client, nous avons tiré quelques ficelles pour accélérer la machine et, tout le monde s’y mettant, la date visée se rapproche du début octobre pour, sans doute (compte tenu des aléas), revenir en final au 15, sorte de balancement qui me fait penser que cette date est assez probable au sens où nos pronostics tournent autour.
Me revenait alors en tête cette phrase, que j’ai souvent méditée lorsque je m’occupais de mesurer la stabilité des groupes humains :
"Tenez, mon ami, si vous y pensez bien, vous trouverez qu'en tout, notre véritable sentiment n'est pas celui dans lequel nous n'avons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus souvent revenus."
Poussé par la curiosité, je vais alors sur internet pour retrouver le fameux dialogue entre Diderot et d’Alembert
Quel enchantement ! S’il est une ville où je me sente chez moi, c’est sans doute Paris, s’il est un siècle où je me sens à l’aise, c’est sans doute celui des Lumières.
Quel esprit, quelle lucidité, quelle légèreté dans l’expression de choses si peu évidentes, surtout pour l’époque.

Et, bien sur, je me ne peux manquer de faire des rapprochements encore et toujours avec Lacan.
Lorsque Diderot parle de clavecins, vibrants, pour parler de la mémoire, je pense au schéma initial de Lacan:.
Lorsqu’ayant conçu cette mémoire comme une vibration (et le principe de mort ou de répétition, n’est-il pas lui-même une vibration ?), il dit :
«Sans cette mémoire il n’aurait point de lui, puisque, ne sentant son existence que dans le moment de l’impression, il n’aurait aucune histoire de sa vie.»
ne retrouvons-nous pas ici la discussion de Lacan sur la conscience ?

Et la question de d’Alembert n’est-elle pas d’un psychanalyste :
"Et si vous y regardez de près, vous faites de l’entendement du philosophe un être distinct de l’instrument, une espèce de musicien qui prête l’oreille aux cordes vibrantes, et qui prononce sur leur consonance ou leur dissonance".

Et puis je trouve que les clavecins en question ressemblent à bien des égards aux robots dont parle Lacan :
"Ainsi donc, si ce clavecin sensible et animé était encore doué de la faculté de se nourrir et de se reproduire, il vivrait et engendrerait de lui-même, ou avec sa femelle, de petits clavecins vivants et résonnants.»

Hier en parlant des différences culturelles, j’en étais venu à proposer à un collègue la lecture des Mots et des Choses
 (ma théorie étant que la culture africaine en est au stade médiéval, c'est-à-dire fondée sur les symboles , leur correspondances et leur circulation), ainsi que le Traité de l’efficacité pour prendre du recul par rapport à notre propre culture occidentale.

Ce retour en force de considérations philosophiques dans le champ du travail quotidien indique qu’il est temps pour moi de prendre un peu de vacances...
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 12:32
Je me suis toujours senti très proche de Theilhard de Chardin, de sa vision d’une évolution qui, passant par l’homme, au cœur de l’évolution, irait vers le développement d’une conscience de groupe: la noosphère.

Et quitte à devoir mettre un dieu quelque part, qu’il soit en Oméga, point d’achèvement de notre développement, procédant de la création, donc de nous, plutôt qu’en Alpha (quoique bien sûr ces repères temporels n’aient qu’un sens limité à la logique du discours qui nous porte (et «Le» porte dans la mesure où nous l’imaginons)).

Système un tant soit peu panglossien, où tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, se déroulant conformément au plan de dieu: la vie colle au verbe, la carte est le territoire, ce qui rend l’idée bien suspecte d’anthropomorphisme.

Essayons maintenant de relativiser notre position, de nous décentrer:

  • Et si nous n’étions pas sur la ligne générale de l’évolution ?
  • Et si nous nous révélions être une quelconque branche latérale du tronc principal de l’évolution, une espèce de cousin néanderthalien d’un être en devenir, plus proche que nous du pilum central de l’évolution?
  • Qu’est-ce qui serait, dans notre spécificité humaine, à l’origine de notre obsolescence ?
  • Par quel travers risquons-nous d’être disqualifiés ?

Partons de l’hypothèse que cette déchéance potentielle soit liée directement à notre spécificité d’homo sapiens sapiens. Pour être clairs : en atteignant une masse critique, notre cerveau a acquis des caractéristiques telles qu’un pas dans l’évolution a été franchi, évolution du même ordre que l’avènement des mammifères, ou que la création de la cellule vivante.
Alors, qu’est-ce qui, dans cette révolution, pourrait s’avérer à terme un handicap?
Notre capacité à faire des projections, notre capacité à imaginer ce qui demeure potentiel, passe par une prise de conscience de notre existence propre, de notre «être». Il faut bien, en effet, dans nos scénarii que nous nous mettions en scène, que nous nous représentions afin de tirer des plans pour guider notre action.

Entendons-nous, il ne s’agit pas là d’une quelconque nécessité philosophique, mais d’un problème pratique, lié à la théorie de l’information comme au respect des lois thermodynamiques. En informatique, par exemple, à partir d’une certaine complexité des programmes, on passe à la programmation orientée «objet». C'est-à-dire que dans un tel programme, l’objet réel dont on s’occupe est représenté par une chimère, réduite à une collection de caractéristiques manipulables par le programme.
Dans le cas de l’Homme, cette chimère devient tellement complexe qu’elle a pris conscience d’elle-même (la représentation se représente).

Ceci nous a permis d’assurer plus efficacement que tout autre animal notre subsistance, de mieux nous protéger, et même de prolonger notre espérance de vie. Et cet imaginaire, nous le transmettons de génération en génération, nous le capitalisons, le filtrons, l’agrégeons jusqu’à former, au fil du temps, la structure symbolique propre à notre langage. La sécurité acquise permet de pérenniser la transmission de notre patrimoine génétique (ce qui justifie notre succès au creux de notre niche écologique) et ce processus développe corrélativement une dimension culturelle qui finit par définir l’Homme autant que ses gènes.

Mais il arrive que cette constitution du «Moi», corolaire d’un meilleur investissement de l’espace et du temps, gauchisse quelque peu notre conscience individuelle et collective de l’environnement. Car pour faire rentrer dans notre tête l’image d’un monde quasi infini et des périodes de temps couvrant des millénaires, il faut bien synthétiser l’information, élaborer des concepts, bref, passer de l’observation directe du réel, à l’utilisation presque exclusive de représentations. Et c'est là que le bât blesse car, comme dit Lacan, le Moi est par essence une structure paranoïaque.

Notre personnalité, de l’ordre de l’Imaginaire, désinvestit alors facilement le Réel pour s’inscrire dans le Symbolique, ce qui correspond dans un premier temps à une baisse des besoins énergétiques : il faut moins d’énergie pour prier dieu que pour cultiver un champ de patates, tous les curés et autres mollahs du monde vous le diront.
Mais ce gain (réel pour quelques uns) est vite illusoire au niveau du groupe, car ce «gauchissement» de la conscience entraine une certaine inefficacité globale de nos actions.
Nous en venons à des dérives propres à l’espèce humaine : la tentation de nous en remettre entièrement à notre imaginaire pour guider notre existence.

A ce point de développement, tout peut alors advenir, les hommes donnent plus de valeur aux signes (tels l’argent) qu’au vécu et même, pourquoi pas, suppriment leurs semblables en particulier (réels) par amour du prochain en général (symbolique). L’histoire retiendra que durant la guerre froide, nous avons frôlé l’anéantissement de l’espèce par l’usage de la force nucléaire. Je ne parle même pas des dysfonctionnements écologiques que nous avons générés, tout le monde les a en tête.

Vous voyez alors que cette chasse aux Darwin Awards à laquelle nous sommes prédisposés, peut mener à l’extinction pure et simple de notre espèce, pour peu que nous n’y prenions garde.

Si nous situons à ce point particulier de notre spécificité la cause probable de notre déchéance potentielle, quel pourrait être, à contrario, le trait distinctif de cet être en devenir attendant notre extinction pour s’exprimer ?
Notre imaginaire, notre personnalité gauchissent et faussent nos représentations du monde, source d’une déperdition d’énergie venant de l’inefficacité des actions qui en résultent.
Donc, d’un point de vue strictement thermodynamique, un homme centré sur son «Moi» sera plus énergivore qu’un être détaché de la satisfaction de besoins «Imaginaires» au sens le plus lacanien du terme. Or s’il est une constante dans l’histoire de l’évolution, c’est que seules les espèces les plus efficaces, c'est-à-dire les mieux adaptées à leur environnement, survivent. A ce sujet, il n’y a aucune illusion à entretenir quand à notre possibilité de consommer sans limite sur un territoire fini (la Terre) : les gloutons sont voués à la réforme.

Il me semble donc que ce devrait être un être ayant bâti, grâce à la capacité intellectuelle et culturelle acquises (considérant qu’un pas qualitatif dans l’évolution a été franchi par l’Homme), une claire conscience (non gauchie par son «Moi») de son environnement ce qui passe par l’expérience vécue de la vacuité dudit «Moi».

Vous m’avez sans doute vu venir avec mes gros sabots : je me demande en fait si la bouddhéité n’est pas le prochain stade de l’évolution. Tout au moins, en ce qui concerne notre niche écologique, confinée pour l’instant à l’espace très limité de notre système solaire, au-delà commence l’aventure.




Mais celle-ci n'est pas pour nous, malheureusement!

Sur ce, bon week-end.
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /2009 10:29

En quoi les hommes actuels porteraient-il en eux les germes de la déchéance de  l’homo sapiens sapiens ?

C’était l’objet de mon précédent article, centré sur la recherche d’une cause fonctionnelle, découlant d’une loi de la nature; de l’ordre du discours scientifique.

 

Il est toujours très difficile de se placer à ce niveau de discours lorsque l’on aborde un sujet qui nous touche de si près. Je ne sais trop pourquoi l’on pourra parler du pêché originel comme cause de la chute de l’homme, ou bien rejeter le darwinisme au nom de sa foi, sans faire rire alors que, même de nos jours, envisager l’évolution de notre espèce comme soumise au hasard et à la nécessité sent le soufre.

 

C’est sans doute pour cela que les propos de Diderot me semblent si rafraîchissants, pour moi qui vis dans un monde où les femmes se voilent et les hommes s’éclatent.

 

Or, me demandant d’où me venait la nécessité d’un tel article (ma perpétuelle rumination en boucle), la réponse évidente fût qu’elle me venait de cette relecture de l’entretien de Diderot et d’Alembert, faite quelque temps auparavant :

 

Car en effet, cette fameuse phrase écrite en 1769:

"Tenez, mon ami, si vous y pensez bien, vous trouverez qu'en tout, notre véritable sentiment n'est pas celui dans lequel nous n'avons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus souvent revenus."

Peut être vu comme une définition rigoureusement scientifique de l’état stable.

 

Tout ceci, virevolte entre Ockham et son rasoir, Fermat et Maupertuis pour arriver à Boltzmann qui, inspiré des travaux de Darwin, exercera à son tour une influence décisive sur le cercle de Vienne. Ce qui connote une filiation subliminale de Darwin à Turing, via Boltzmann ; autrement dit, des êtres vivants, au fonctionnement des machines symboliques, via la thermodynamique.

 

Et si j’insiste à ce point sur l’importance de cette approche de Diderot, qui va aboutir plus ou moins directement à la notion d’entropie et au 3ème principe de la thermodynamique, c’est que l’entretien part sur cette question:

D’Alembert :

- Je voudrais bien que vous me disiez quelle différence vous mettez entre l’homme et la statue, entre le marbre et la chair.

Diderot :

- Assez peu. On fait du marbre avec de la chair, et de la chair avec du marbre.

 

S’ensuit alors le détail des opérations par lesquelles le marbre se fait chair. L’enchaînement est juste, et la démonstration, qui aurait menée son auteur au bûcher un siècle plus tôt, ou même de nos jours en certains pays, est savoureuse  et s’accompagne d’un doux parfum de liberté, mais nous laisse cependant sur un sentiment de manque.

En effet le marbre peut certes mener à la chair, mais il y de l’un à l’autre transformation d’énergie, complexification, passage de la quantité à la qualité, bref toutes questions qui ne peuvent surgir qu’après avoir digérer les concepts d’entropie et d’énergie.

 

Je n’avais pas noté, en écrivant l’article, le grand écart entre cette démonstration très datée siècle des Lumières, qui me poussait à parler de «choses si peu évidentes, surtout pour l’époque», et l’extrême modernité de la phrase de Diderot que je mettais par ailleurs en exergue. Phrase dénotant une posture intellectuelle conduisant directement à la notion de stabilité thermodynamique en physique d’où dérive celle d’homéostasie pour les êtres vivants.

 

C’est certainement en mitonnant doucement, que ce sentiment diffus d’un hiatus entre l’esprit de Diderot et les outils à sa disposition, a suscité mon dernier article.

 

J’avais envie, sans doute d’explorer ce devenir de l’homo sapiens sapiens, avec le même type d’arguments que ceux employés par Diderot. Il envisageait le passage du marbre à l’homme, de l’inanimé au vivant,  quand je m’intéresse au pas suivant. Et j’ai voulu, comme lui, utiliser des arguments minimalistes, toujours le rasoir d’Ockham.

Armé de ces nouveaux concepts d’inertie, d’énergie, d’entropie, qui se sont développés depuis Diderot, j’espère avoir respecté la rigueur de son approche, si, malheureusement, je n’ai pas la légèreté de son style.

 

Et pour finir, j’en reviendrais à cette remarque que j’ai tant ressassée, concernant la sècheresse de mon discours : tout compte fait je m’y tiens, je m’y retâte.

La voie scientifique, cette approche spécifique à l’Occident, permet à sa façon de limiter les distorsions que notre «Moi» imprime à notre conscience, ce qui n’empêche pas de suivre de conserve une autre voie spirituelle qui puisse nous mener à la contemplation de la vacuité.

Il y a plusieurs rayons sur la roue du Dharma.

 

Sur ce, bonne soirée à tous, c’est l’heure du jaune et les amis s’impatientent.

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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