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Mardi 11 septembre 2007

En ruminant (comme d’habitude) mon dernier article, et en particulier le parallèle que j’y esquissais entre la «Voie» bouddhiste et la «Voie» taoïste, la curiosité m’a pris d’aller voir sur le net si j’avais bien interprété la différence entre ces deux «Voies».

 

Il semble qu’une branche chinoise mêlant les deux approches se soit constituée (le bouddhisme Chan, qui a évolué ensuite vers le Zen japonais).

 

Or, le moins qu’on puisse dire est que les différences culturelles entre indous et chinois y éclatent franchement. En effet, si la technique méditative a été retenue (Chan veut dire «méditation silencieuse»), les buts divergent radicalement et avec une virulence dans les propos que je n’aurais pas imaginée:

 

Les bodhisattvas sont des ouvriers qui transportent du fumier..le nirvana et la bodhi sont de vieilles souches où attacher vos ânes. Les douze catégories d'enseignement sacré ne sont qu'une liste de fantômes, du papier pour essuyer le pus des furoncles..qu'est-ce que tout cela a à voir avec la salvation?

Les sages ne s'adressent pas au Bouddha, ce grand assassin qui a attiré tant de gens dans les pièges du démon proxénète

 

Xuanjian

 

Et le but lui-même du Bouddhisme, c'est-à-dire l’Illumination, n’est certes pas leur préoccupation majeure; voyez ce conseil du même Xuanjian:

 

Habillez-vous, mangez, chiez, c'est tout. Il n'y a pas de cycle des morts et des renaissances à craindre, pas de nirvana à atteindre, pas de bodhi à acquérir. Soyez une personne ordinaire, sans rien à accomplir.

 

Donc, fidèles à leur pragmatisme viscéral, les chinois ne s’intéressent qu’à l’aspect opératoire, c'est-à-dire la technique de méditation.

 

Ce contraste met en relief un aspect proprement indo-européen du Bouddhisme : l’exaltation du héros. Bouddha lui-même est le héros qui, par l’Illumination, échappe aux vicissitudes du Monde et atteint son objectif. Dans le même temps, chez les grecs, Ulysse mène sa barque contre vents et marées pour suivre la voie qu’il se trace. Les buts sont différents, les domaines également, mais cette façon de se fixer un objectif et d’exalter les vertus des héros qui luttent contre les éléments pour l'atteindre, fût-il extra-mondain, relève d’un patrimoine commun.

 

Il y a bien sûr d’autres points qui nous semblent familiers dans la doctrine bouddhiste, et ramènent à Dumézil, mais c’est de l’érudition qui nous éloignerait du propos (en fatiguant le lecteur !).

 

On s’étonne moins, maintenant de retrouver la «métis» que l’on croyait propre aux grecs, dans cette manipulation particulière, proche de l’autosuggestion qu’est la méditation bouddhiste.

 

Le propre du Bouddhisme, c’est un acte de foi, un pas que l’on s’engage à sauter. Les efforts pour arriver à la contemplation du Vide (après avoir compris la vacuité de nos représentations et de notre «Moi»), conduisent à un état indicible: l’Illumination.

 

Pour y tendre, toutes les «techniques» sont bonnes, y compris la manipulation de son propre esprit. L’adepte sait qu’il hallucine le monde, mais au lieu, comme le taoïste de nettoyer sa vision du Monde, de coller au terrain, il travaille cette vision, il la modèle, manipule et oriente son esprit pour atteindre son but.

 

C’est l’antithèse d’une attitude taoïste

 

Cet oubli du Monde me gène dans la démarche bouddhiste : le but visé est tout pour l’adepte. Sa vie quotidienne, le monde tels qu’ils lui apparaissent doivent s’effacer, seule doit rester la détermination à atteindre le but.

 

Que l'Univers soit le tout de mon cru n'est pas forcément une pensée eschatologique, si vous me suivez bien (ça va être difficile à traduire!)....

Je ne vois pas tout à fait les choses ainsi. Je comprends, bien sûr, tout ce qui nous est dit sur la perception du Monde (qui est très proche du discours lacanien en fait), le fait même que nous hallucinions le monde, mais derrière cela, il doit rester quelques mécanismes que l’on ne peut rejeter si vite. Pour tout dire, je ne pense pas que le Bouddha, après l’Illumination (je fais même ce pari) puisse se passer totalement de l’existence des êtres inférieurs, que le Dharma puisse exister hors du Samsara.

 

La nature nous montre partout (malgré tous les biais dont sont affectés nos sens) qu’il y a une hiérarchie des êtres, que de façon générale les gros mangent les petits et qu’il faut beaucoup de proies pour nourrir un prédateur.

 

Or, le bouddhisme prescrit la recherche par l’adepte, d’un refuge auprès des Bouddhas, il y a également la nécessité de leur faire des offrandes pour s’attirer leur bénédiction. Des flux sont donc établis des uns aux autres (la roue continue de tourner), pourquoi dès lors exclure que ces flux (ces transactions) puissent répondre à une certaine économie ?

 

« Tu es mon saigneur oh berger !» encore et toujours la même petite musique quelque part dans ma tête, propre à faire reconsidérer les formules un peu rudes de l’ami Xuanjian….

 

J’ai l’air dubitatif, mais ne puis m'empêcher d'espérer quelque part, que le «Grand Véhicule» des bouddhistes soit le vaisseau que je recherche, celui qui nous ouvrirait les portes de l'Univers?

 

 

 

A suivre donc….

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 7 septembre 2007

Il est toujours intéressant de lire en parallèle plusieurs livres traitant de sujets différents : notre esprit, soucieux de s’économiser sans doute, s’efforce toujours d’établir des rapports, des liens ou des oppositions de l’un à l’autre. De même que pour repérer la Grande Ourse dans le ciel, on ne peut s’empêcher d’associer les étoiles entre elles pour repérer la forme d’une casserole.

J’ai donc lu «Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens», avec l’idée qu’il devait y avoir un lien avec l’hypnose, à laquelle je m’étais intéressé l’année dernière (voir les articles précédents "Psycho histoire et manipulation" et "De l'hypnose à Derrida ").

Par ailleurs, j’ai assisté à une sorte de retraite d’un week-end avec des bouddhistes (courant Mahayana pour ceux qui savent) dont la doctrine est résumée dans un livre : «La voie Joyeuse».

Pourquoi cet intérêt pour le bouddhisme me direz-vous ?

C’est une voie d’exploration qui me semble venir naturellement dans le prolongement de la théorie que j’ai développée pour l’analyse des organisations. Avec en particulier cet aspect fractal du modèle dans lequel je cherche à transcrire la théorie lacanienne. Or donc, si l’on garde en mémoire d’une part la structure en 3 strates de Lacan (Réel/ Imaginaire/ Symbolique) et d’autre part le fait qu’il y a solution de continuité de l’homme à la société (avec le même schéma élémentaire de niveau en niveau), dans un même modèle fractal, la question évidente est de se demander, concernant l’étude de l’Homme, quel est le niveau au-delà du Symbolique.

Quand à ma lecture sur l’arnaque, je n’ai pas été déçu : elle m’a fait prendre conscience d’un dysfonctionnement organisationnel qu’il va me falloir approfondir rapidement. La cause de ce dysfonctionnement est le suivant :

On se souviendra que d’un niveau au niveau supérieur, j’ai établi (c’est ma thèse) que la fréquence des transactions diminue (les niveaux supérieurs s’occupent du long terme). Par ailleurs, j’ai proposé de dire qu’un niveau n’intervient que lorsque le niveau inférieur est dans une transaction qui ne peut aboutir (dans une entreprise, on fait appel au chef lorsque l’on ne peut résoudre un problème inattendu).

Ce modèle soulève des questions intéressantes :

-         Que se passe-t-il lorsque, compte tenu de l’inertie du niveau N+1, le niveau N est en situation d’échec, c'est-à-dire durant le laps de temps nécessaire pour alerter N+1, le temps pour celui-ci de se définir par rapport au problème posé, le temps enfin mis par ce dernier pour réorienter les choix offerts au niveau N. Il y a là une période de flottement. Ce temps mort est bien connu par exemple des aviateurs: lorsque survient une circonstance imprévue, il y a une période d'environ 30 secondes nécessaire pour que le pilote retrouve son contrôle. C'est pour diminuer ce temps de latence que les  pilotes s'entraînent sur simulateur.  Il s'agit en effet de limiter la charge de travail du pilote en automatisant un maximum les séries d'actions qu'il est amené à faire en chaque circonstance d'une part et d'accélérer son analyse des situations catastrophiques (au sens propre cette fois-ci!) d'autre part.

-         Dans l’analyse «diachronique» que j’ai proposée j’ai supposé, pour faire simple, qu’un état du niveau N correspond à un état du niveau N+1, mais la réalité peut être moins tranchée. Je m’explique: supposons une caissière face à une ménagère dans un super marché. La politique du chef de rayon est que la file d’attente des clients soit traitée en FIFO (first in, first out). Mais si la fille (blonde et capricieuse) du patron (vindicatif et brutal) du magasin se présente dans la file ou qu’une urgence se présente (femme enceinte, personne malade, petit ami ayant chapardé dans les rayons), la caissière peut avoir des raisons «supérieures» (de niveau N+2)  de modifier l'ordre de passage, entrant en conflit avec les consignes données.

Je pense que ces périodes perturbées sont utilisées dans les séances d’hypnose pour donner accès aux niveaux supérieurs, en troublant le niveau de perception immédiate. La perturbation tient toujours à la saturation du niveau Imaginaire par l’utilisation de plusieurs canaux de communication (la parole et un attouchement, ou bien une odeur, un effet optique) pour se faufiler entre les cerveaux droit et gauche et atteindre le niveau Symbolique. D'ailleurs, la mise en situation de stress est un expédient largement utilisé par les gourous de tout poil pour rendre leur cheptel réceptif. C'était en particulier la pratique de Gurdjieff. N'y a-t-il pas quelque parentèle entre le stress et la transe...

C’est un phénomène similaire qui est utilisé par les arnaqueurs. Prenons la technique de « la porte au nez » ou méthode de la «proposition inacceptable».

Cette méthode est utilisée lorsqu’il y a à la base accord de la personne sollicitée sur la bonne œuvre qui est mise en avant (aide aux enfants malades, lutte contre le SIDA etc…). On peut dire qu’il s’agit d’un accord de niveau élevé (niveau Symbolique). La phase initiale est de rappeler cet accord (pour que la transaction soit activée à ce niveau durant la "manipulation"). Ensuite ; on fait une demande trop forte : par exemple, accompagner des enfants malades 2 heures par jour pendant 2 ans. Ce n’est absolument pas votre préoccupation du moment : vous êtes au marché, en train de choisir une botte de poireaux. Votre univers immédiat (niveau N) est conditionné au niveau imaginaire (niveau N+1) par des considérations du type : limiter la dépense, acheter frais, penser à prendre les enfants d’ici 1 heure chez la nounou, prévoir des plats qui se cuisinent en 30 mn maximum etc...

Un échec au niveau N (Réel) alerte automatiquement le niveau supérieur (Imaginaire N+1) pour réorienter les choix au niveau N. Mais – et c’est là précisément qu’intervient la manipulation – le niveau Symbolique N+2 à été changé immédiatement avant cette activation du niveau Imaginaire N+1.

Avant cette mise en condition, l’état d’esprit de la personne sollicitée était –par exemple- une certaine satisfaction de jouer son rôle de bonne ménagère (comme le serveur des Deux Magots jouait à faire le «serveur », selon Sartres). Donc, si la proposition était intervenue à ce moment, le niveau Imaginaire (N+1) n’aurait vu aucune objection à laisser le niveau N rejeter effectivement la proposition (fuite). C’était une attitude acceptable.

Mais, l’état du niveau N+2 ayant été modifié, la fuite pure et simple au niveau réel N mettrait maintenant le niveau Imaginaire N+1 dans l’embarras, (en contradiction avec l’attitude – Symbolique- affichée). La modification de l’état de N+2, induit une modification des états accessibles à N+1, lorsque le niveau N le sollicite pour résoudre un problème inattendu.

Il faut donc que N+1 réajuste ("imagine") les choix qu'il doit offrir à N (son engagement "réel"), en fonction de l'évolution de l'attitude N+2 qui vient d'avoir lieu. Le niveau N+1 est en état de stress : il doit une réponse alors qu’il doit lui-même se redéfinir (le facteur temps est au cœur de toutes les manipulations).

Vient alors la seconde proposition: faire une présentation d’une heure dans l’école de votre fille jeudi prochain. Intervient ici une notion d’économie : Le niveau Imaginaire se voit proposer une solution de moindre coût, qui ne remet pas en cause fondamentalement tout l’équilibre de la personnalité, mais permet à l’Imaginaire de répondre sans grande dépense à l’attitude Symbolique adoptée.

Cette offre est facilement acceptée, car elle permet de résoudre le conflit précédent à un moindre coût (en minimisant le coût de la remise en cause du niveau N+1). Il y a, dans ce mécanisme, une notion d'économie générale à respecter. Comme tout système, l'Homme cherche à économiser son énergie (il y aurait un parallèle intéressant à établir entre libido, karma et énergie).

Dans ce cas de figure, le fait d'agir directement sur N+2 (sans dépense d’énergie, puisque l'accord est "culturel", donc acquis, il ne s'agit que d'une actualisation, pas d'une modification), pour induire une modification en N+1, voulue en N, permet de mobiliser une grande énergie avec peu de moyens. L’énergie à mobiliser, nécessaire pour changer d’état, augmente de niveau en niveau. Pour modifier le système Symbolique, par exemple, il peut être nécessaire de faire une analyse, longue et coûteuse.

Ce qui est intéressant (et que je n’avais pas encore théorisé) c’est cette possibilité d'agir sur les niveaux supérieurs à partir des niveaux inférieurs. On pense plus souvent au sens descendant du commandement dans les organisations.

On retrouve ici cette notion de montée/descente évoquée dans des articles précédents (Monter / Descendre  ou Le Karma de Lucifer).

Il y a dans la manipulation une connotation d’agilité, de vivacité qui s’explique parfaitement : on ne peut remonter contre le courant qu’en restant inaperçu, en profitant des moments de flottements décrits précédemment. C’est toute la Métis d’Ulysse qu’il faut revoir.

En bien j’ai l’impression qu’il s’agit d’une méthode du même type que mettent en pratique les bouddhistes pour arriver à l’Illumination. Il s’agit là aussi de «remonter le courant», avec cette difficulté supplémentaire que le niveau à atteindre n’est pas descriptible, puisqu'au delà du Symbolique même !

En aparté, on pourrait remarquer que si les bouddhistes cherchent à «remonter le courant» (vers le Dharma, en abandonnant le monde actuel, le Samsara), les taoïstes cherchent à suivre le chemin de moindre résistance, à s’inscrire dans le cours des choses (comprendre le sens du vivant, négocier leur place au sein du Samsara). Ils insistent sur l'impermanence des choses, leurs continuelles transformation que symbolise la peau de tigre tachetée de Fushi, l'inventeur du Yi King.

Cette manipulation déclarée, revendiquée même, par les bouddhistes, me fait un peu renâcler, alors que je souhaiterais ardemment faire l’expérience de la méditation, apaiser mon esprit (diminuer le rythme des transactions), contourner le filtre du Moi (niveau Imaginaire) pour voir ce qu’il en est lorsque l’on arrive à la contemplation du vide. Je suis vraiment très attiré, mais la Voie proposée (fût-elle Joyeuse) n’est pas très excitante !

Je m’imagine bien qu’il faille atteindre un calme parfait pour pouvoir espérer ressentir la présence subtile de ce Je (ou de cette force) qui m’agite (comme le marionnettiste agite sa poupée). Je fais l’analogie avec ces immenses bassins d’eau lourde qu’il faut installer au fond de profondes grottes souterraines, à l’abri de tout rayonnement solaire pour espérer capturer un tachyon vagabond.

Il faudrait avoir un esprit aussi calme que ce lac souterrain pour capter quelque chose d'aussi subtile que cette force vitale.

Voilà, j’ai d’un côté pas mal de développements en perspective, au niveau théorique; et de l'autre, je suis impatient de vivre personnellement cette expérience. Mais je ne me vois pas vraiment suivre la Voie tracée sans broncher.

A suivre donc.

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 25 mai 2007
Ruminant les derniers échos que provoque en moi l'écriture de mon précédent article, je me fais la réflexion que la parabole des talents, contée par la Bible, est quand même une bien sale blague et nous a bien pourri le présent, avec les dérives que l'on constate dans "l'américan way of life" qui nous englue.
Qu'en est-il a juste ?

On connait l'histoire:
Un paysan, avant de partir pour faire je ne sais quoi, donne une somme d'argent (des talents) à ces trois serviteurs, puis part un temps, revient et fait les comptes avec sa maisonnée.
Le premier n'a plus rien, le second a conservé le pécule, le dernier l'a fait fructifier.
Notre paysan fait donc comme les enfants qui jouent à 1, 2, 3 soleil. Il ferme les yeux, indifférent à ce qui se passe, compte 1, 2, 3 ouvre les yeux et fait un constat.
Pendant cette absence, il reste ignorant de l'être même de l'Univers, qui par essence bouge, évolue, passe, pour n'en retenir que quelques images épisodiques.
Attitude étrange, entre parenthèses, qui tendrait à prouver que Dieu se foutrait de la façon dont on vit pourvu qu'il en récupère quelque chose (toujours cette petite musique dans ma tête:"tu es mon saigneur oh berger"...). De là à traiter Dieu de juif...
C'est comme au cinéma où l'imperfection de nos sens fait qu'une succession d'images passe à nos yeux pour une perception directe du mouvement.

Le drame vient de l'usage fait de cette parabole par les protestants.
La théorie de Weber est connue: pour le protestant, il importe de faire fructifier ce que Dieu nous a confié et pour en faire la démonstration, il faut que cela ce voit. Il y a là ce glissement propre à l'Humain, qui passe du Réel à l'Imaginaire, et fait sens au niveau Symbolique.
La dérive protestante est là: le moyen s'efface devant le résultat. L'être s'efface devant l'avoir, le mouvement s'arrête pour se chosifier, l'énergie devient pesante (e=mc2), la nourriture matière (fécale) et prend sens par les signes qui la marquent pour qu'enfin le bienheureux parvenu paraisse.
Dans ce passage de l'être à l'avoir, l'aristocrate (dont la devise est du style:"Peu me chaut de subir", ou "Au plaisir de Dieu", ou "Roi ne puis, prince ne daigne, Condé suis") qui étalait son plaisir d'être, prenant l'argent à la pointe de l'épé pour en user, Chrétien par la grâce d'Adrien et de Clovis, s'efface devant le bourgeois, porteur des couleurs protestantes. La jouissance se fait constipation.

Au secours, ils nous plongent dans leur morne univers liophilisé, nous vident  sous perfusion d'images, pour mieux nous engraisser au mac do formaté!

A quand Matrix ?

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Vendredi 18 mai 2007
Quelque chose me trotte dans la tête depuis un certain temps.
Lacan parle d'au-delà du principe du plaisir, et pour lui cet étape antérieure, très primitive, c'est le principe de répétition.
L'autre jour à la TV, j'ai vu un documentaire sur l'évolution de l'Univers depuis le point zéro (hypothétique) du big Bang, jusqu'à sa mort thermique. Passé comme cela, en accéléré, ce qui frappe, c'est la succession d'états de grande agitation, de bouillonnement, de folle exubérande, puis le passage par un état définissable, un point de non retour. Il semble que l'histoire se construise par des séquences pendant lesquelles règne le désordre, délimitées par des états où semble-t-il un seuil est atteint.
Quelques exemples qui m'ont frappé: pas loin de l'origine, il y eu un temps où matière et antimatière étaient confinées ensemble, s'annihilant presque. Le presque tient uniquement à un léger excédant de matière sur l'antimatière (de l'ordre de 1 pour 1.000.000).
Ensuite, au sein des étoiles, la matière, à force d'entrer en collision, dans une sorte de chaudron qui finit par imploser a formé tous les corps jusqu'au fer. Il a fallu ensuite que cette matière redistribuée soit impliquée dans des explosions de super nova pour que les éléments lourds adviennent.
Il y a comme cela, jusqu'à nous d'incroyables bouillonnements de vie pour que celle-ci se moule dans une forme qui n'est plus remise en cause.
Notre ADN même porte en mémoire l'ensemble de notre histoire, les essais et erreurs dont nous sommes issus; puisqu'à peine 2% de celui-ci porte une information utile, le reste n'est que bruit d'essais avortés.
Bref, voilà ce qui s'impose à mon esprit: la nature est exubérante, elle fait tout à profusion et pendant longtemps, puis, une ligne de moindre résistance se dessine et la vie toute entière se moule dans ce passage.
Et nous n'en voyons que les étapes stables. C'est un peu comme lorsque l'on fait un zoom depuis l'infini jusqu'au quarks (la NASA a fait un tel documentaire sur le net). Et bien, dans ce zoom, il y a des étapes que l'on repère bien, puis des séquences entre - deux qui n'ont pas de grande signification, pas de forme repérable (même chose pour un zoom sur une fractale, bien sûr!).
C'est un peu comme ce jeu auquel jouent les enfants: l'un d'eux (l'observateur) compte jusqu'à trois puis ouvre les yeux. A ce moment les joueurs doivent être immobiles, mais lorsque l'observateur ferme les yeux, alors ils se mettent en mouvement.

J'imagine que ce principe de répétition dont parle Lacan est ce mouvement même de l'Univers que l'on repère en nous. Nous n'arrêtons pas de bouger, de nous agiter (les atomes qui nous constituent, nos tissus qui vivent en meurt en un cycle d'une dizaine d'année, nos biorythmes, nos pensées, nos envies, nos pulsions, nos amours).
Et puis, de temps en temps, une façon de bouger que l'on répète plus fréquemment devient nôtre (notre façon de marcher, de manger, de parler, un tic, une façon de relever une mèche de cheveux, une façon de tomber amoureux ou de boire une bière), sans doute parce qu'elle nous convient mieux, c'est à dire qu'elle nous demande moins d'énergie, ou qu'elle nous "satisfait" mieux d'une façon ou d'une autre, nous fait "plaisir", devient une constante; sur laquelle nous ne revenons plus (à moins de nous "remettre en cause", de nous re-causer, de nous re-constituer). Elle se chosifie, se dépose en strates. Les synapses correspondantes dans notre cerveau désertent certaines régions pour suivre ces chemins déjà balisés.
Avant que notre squelette ne se calcifie, nous nous figeons dans notre tête.

Ce n'est pas toujours mauvais d'abandonner des chemins qui ne mènent nul part, il n'y a pas là de jugement de valeur. Prenez par exemple le jeu d'échecs; et bien un grand joueur, par sa pratique du jeu évitera de dépenser de l'énergie pour envisager des solutions qu'il sait, par avance,  être de mauvaises pistes; tandis que le néophyte envisagera avec la même attention toutes les pistes et se fatiguera  plus vite.
Le revers de la médaille, c'est qu'à parcourir des chemins balisés, il est plus difficile de faire des découvertes. C'est sans doute pour cela qu'en mathématiques, les génies sont toujours précoces.

J'ai en tête, pour illustrer ce mécanisme cet exemple fourni par Joël de Rosnay lors du dernier congrès AFSCET.
Si l'on met une brindille perpendiculairement au chemin qu'emprunte une colonie de fourmis pour leur barrer la route et bien les fourmis finiront par contourner la brindille par le côté le plus court.
Le phénomène tient à ce que les fourmis dégagent des phéromones et suivent le chemin qui a la plus forte odeur. Or, au début, les fourmis se distribuent au hasard, de droite et de gauche (c'est l'étape du bouillonnement primitif, au hasard). Cependant, au fil du temps, l'odeur se renforce là où la distance est la plus faible, et donc, petit à petit, ce chemin devient prioritaire et l'autre est vite oublié (si au début, les fourmis se distribuent au hasard, leur vitesse est plus faible sur la distance la plus courte, leur densité augmente et l'odeur se renforce), au bouillonnement initial succède un état stable.
Il n'y a pas ici d'intelligence globale: ce comportement ne devient intelligent que par le sens que nous lui donnons.
Il doit en être de même des synapses dans le cerveau.

Je vois pour ma part un même élan vital (je sais: le terme est très connoté) qui nous vient du fond de l'Univers pour guider nos simples vies. On doit lire Lacan, à mon sens, sans en limiter la porté à l'homme isolé de l'Univers.

Hari

Nota: j'ai toujours en tête cette phrase de Foucault à la fin des mots et des choses:
"l'humanité s'éffacera comme à la mer un visage de sable".
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Samedi 24 mars 2007
Depuis le dernier article, des évènements personnels m'ont éloigné de ce blog.
Tout d'abord, je me retrouve seul, ma femme et mes deux dernières filles étant rentrées en métropole. Il s'agit d'une séparation définitive d'avec ma femme et l'éloignement de mes filles m'attriste au delà de ce que je saurais dire.
Pour me changer les idées, sortir de mon cadre habituel, j'ai emménagé sur un voilier ancré dans une marina de Nouméa. Le changement de cadre, le besoin de retrouver d'autres repères, d'autres perspectives (d'autres lignes de fuite) me distraient donc de ce manque.
Mais je n'en ressens pas moins une très grande solitude, que me masquait en fait la présence de ma famille, qu'accompagne le sentiment d'être inutile et de poursuivre des chimères.

Bien sûr, jai essayé de tisser d'autres liens en m'inscrivant sur Meetic, mais sans succès.
Pis que cela:  en dialogant avec quelqu'un qui me semblait pouvoir être intéressé par Lacan, parce que psychanaliste (et psychanalysée par un lacanien, avec le vocabuliare, et les jeux de mots qui vont avec), je lui ai transmis l'adresse de ce blog, dans l'espoir au moins d'en discuter.
Son message en réponse m'a tacklé sévère:

"Vous êtes QI,
.... Quelle belle intelligence absconse ! Sans doute brillante et
profonde mais tellement conceptuelle à mes yeux, tellement
intellectuelle, digitale. J'ai le sentiment d'entrer dans un
caisson à oxygène où je mourrais paradoxalement
d'asphyxie... pardon...
Il me manque de l'absence, de la fragilité, des alliances
provisoires, éphémères, de l'absurde...
En réalité, je n'ai malheureusement rien compris à ce que
vous proposez et je ne puis donc faire aucun comment-dire
intelligent, ni comment-taire...
Juste une sensation, une émotion d'entrer dans un monde
tellement touffu que j'y cherche votre âme, votre
respiration, vos peurs, vos élans..."
Elle avait la sensation d'entrer dans un monde sec et abscond, je n'ai donc rien su faire passer ?
Ce qui m'a le plus agacé et vexé même, c'est le dégagement en touche sous prétexte d'intelligence (le vous êtes QI est fort bien trouvé à ce propos), cette pauvre excuse d'étiqueter intelligent quelque chose qui échappe pour s'exonérer d'en parler. Il n'y a rien de particulièrement intelligent a procéder au recyclage d'idées qui viennent, elles, de gens réellement intelligents. Je ne fais que de la réutilisation de concepts, parfois anciens, dans une perspective nouvelle.

Peut-être devrais-je parler de 'pataphysique pour faire comprendre que j'invite ici à un changement de perspective?

Toujours est-il que je n'arrive à intéresser personne aux problèmes qui me touchent. Or j'ai besoin d'une audience, de briser ce mur de silence.
En effet, pour recoller à mon précédent article, la question reste posée de savoir pourquoi (ou pour qui) l'on roule si l'on n'a pas de but fixé. S'agit-il simplement de survivre ?
A quoi bon ?
Non, la réponse doit être autre, nous ne sommes pas devenus ces superbes machines dont nous commençons à entrevoir le fonctionnement pour simplement perdurer, il doit y avoir autre chose, un but à servir.
Y a - t - il plus grand dessein que de servir ?

Non, et cette attitude de base, qui peut paraître un peu aristocratique, me semble plus appropriée, plus riche de perspectives, que la simple revendication de notre libre volonté.
Mais il faut avant tout se trouver un but acceptable (éligible, parmi ceux qui se proposent à nous) sur quoi insiste mon ami Janusz, point qu'en fait j'ai mis en exergue de ce blog, si l'on y fait attention.
J'ai proposé un but, mais qui n'a de sens que s'il est fédérateur d'énergie et c'est bien ce qui me pose problème.

Redémarrage en cours...

Hari
Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Jeudi 4 janvier 2007
Je n’imaginais pas que Lacan puisse chercher ses exemples dans la cybernétique, ni que la théorie Freudienne tourne à ce point autour des problèmes de conservation d’énergie.

Et lorsque Lacan choque son auditoire par la nouveauté des exemples qu’il leur propose, il arrive en fait dans un terrain familier à n’importe quel ingénieur un peu curieux.

En désinvestissant le discours sur l’Homme de tout un habillage qui nous empêche d’en parler simplement, il décrit ses fonctionnalités de la même façon que Turing décrit la structure formelle d’une machine à calcul.

Le point de cristallisation de ma réflexion est le suivant:

Lacan, dans le livre II du séminaire, nous propose pour apologue le jeu de pair et impair. Il s’agit pour un joueur de deviner si son adversaire lui dit la vérité en lui annonçant avoir choisi pair ou impair.
Ce que nous dit Lacan, en substance, c’est que toute stratégie du joueur pour deviner si l’annonce est vrai ou fausse (quelque soit la complexité des stratégies entre joueurs, toute la subtilité que l’on déploie pour sentir la psychologie de l’autre) revient à analyser une séquence temporelle de 0 et de 1.

C’est là que se situe le passage des sciences humaines aux mathématiques, il faut accepter de lâcher la rampe un moment pour que tout s’enchaîne simplement.

Je vous invite à revenir au texte même de Lacan (fort heureusement, disponible sur le net) pour m’épargner d’en faire la recopie. Ce qui saute aux yeux, c’est que le travail symbolique (le jeu des symboles entre eux) apparaît dès que l’on regroupe par paquets les inputs. Dès que les symboles apparaissent pour caractériser ces regroupements, ils n’arrêtent pas de nous présenter des figures, associées ou antinomiques. Bref le discours surgit de lui-même et se structure ensuite de strate en strate jusqu’au niveau le plus élevé. Voilà ce que dit Lacan, mais, avec une autre culture que la sienne, ce qu’il nous dit nous offre tout un monde à revisiter.

Cette façon élémentaire de dire qu’une stratégie ne peut fondamentalement qu’exprimer une vision historique des événements, (au temps t, je prends en compte tout ce qui précède de moins l'infini à l’instant t) m’a fait penser immédiatement à un produit de convolution. Ce qui nous amène directement à la théorie du signal.

Ensuite, j’ai pensé à mon ami Janusz qui me parlait de cryptographie. On peut dire en effet que dégager une stratégie d’une série de 0 et de 1, revient à chercher (encore une notion de pari, de jeu) une singularité dans un signal qui se révèle ainsi autre chose qu’un simple bruit aléatoire. Lorsqu’un nouveau né appréhende son environnement, il procèderait en fait par essais et erreurs : les images qu’il formerait pour noter/classer ses perception seraient des décodages réussis (réussi au sens économique: c'est-à-dire qui permettraient de diminuer l’énergie mise en jeu dans une communication avec l’extérieur, en respectant des critères d'efficience et d'efficacité).

Ce qui nous ramène bien sûr aux problèmes de perception: d’une façon générale, ne pourrait-on pas dire que tout notre imaginaire est une structure de filtres (faite à partir de symboles) destinée à «cribler» notre environnement (au sens où l’on tamise du sable pour calibrer des agrégats). L’agencement de ce système de filtres serait guidé par un principe d’économie : lorsque je dit «éléphant», c’est une façon très économique de ramener à moi, manipuler même, un animal d’une tonne.

Et si l’on parle d’économie à propos d’images, il faut en parler au sens strict, de la même façon que l’on définit des algorithmes de compression de sons ou d’images. L’image d’un éléphant sur un fichier sous un format .jpg par exemple pèse de 100 ko à 10 Méga, selon la définition de l’image, alors que le nom «éléphant» sous format word pèse 19,5 Ko seulement et qu’il ne doit mobiliser dans mon cerveau qu’une ou deux synapses.

J’en arrive alors (je vais vite pour ne pas perdre le fil de ce qu’à éveillé en moi la lecture que je viens de faire, comme l’on note un rêve au réveil) à la fonction de l’imaginaire et du rêve vu comme une action «rétrograde», qui ne débouche pas sur le plan réel. Il y a toute une réflexion (c’est le cas de le dire : «réflexion») de Lacan (commentant Freud bien sûr) présentant le rêve comme le résultat d'une sorte d’impulsion qui n’abouti pas à une action, reste au niveau imaginaire en imposant  ses images.

Considérons–nous un instant comme une machine perfectionnée, avec un système de pilotage tellement performant qu’il n’est que peu sollicité pour corriger notre fonctionnement végétatif (respiration circulation sanguine etc…), métabolique ou réflexe (quant je marche, je n’utilise que très peux de mon attention, de même que conduire mobilise moins de 30% de mon attention). C’est la même chose dans le pilotage d’un automate : les fonctions de régulations supérieures du système maître sont toujours moins sollicitées que les systèmes qui lui sont asservis. C’est également vrai dans n’importe quelle organisation, Sun Tzu l’avait déjà remarqué à son époque.

Considérons maintenant que nous ne puissions pas nous mettre en sommeil, nous «arrêter»: comme le constate Lacan, nous sommes portés par un discours. De même qu’un ordinateur ne s’arrête jamais, lorsqu’il attend nos inputs, il fonctionne en boucle. Même les anciennes mémoires à tores n’étaient jamais statiques: la simple polarisation d’une ferrite élémentaire résultait d’un mouvement au niveau atomique.

Bref, d’une part, pas moyen de s’arrêter, d’autre part, pas d’action en vue, d’où le développement de la fonction imaginaire.

  • - D’une part l’imaginaire, par ce que les psychologues appellent «réminiscence» et ce que je propose de considérer comme un système de filtrage (décryptage, codage etc…), l’imaginaire donc, nous permet d’appréhender la réalité. Il faudrait bien entendu revenir sur cette notion de filtrage: l’emploi de tout moyen de réduction de la réalité implique un pari quant à l’adéquation entre le filtre (ou le pattern, qui je le pense est une notion liée) et l’objet visé. De même que dans un code de compression d’image, le code fait un pari sur la nature du prochain pixel à encoder, en fonction de la série précédente.
    • La réminiscence doit bien se faire en suivant un chemin de moindre énergie, et par ce biais, il y a certainement moyen de faire coller les deux notions (réminiscence / filtrage)
  • - D’autre part, dans les périodes d’inactivité de nos fonctions supérieures (c'est-à-dire souvent leur vie entière pour une majorité d’entre nous) l’imaginaire sert d’exutoire à nos pensées inemployées. Cela s’appelle s’occuper l’esprit pour ne pas s’em... (tourner en rond), ma grand’mère disait que l’oisiveté est la mère de tous les vices, pas sûr.
    • On comprend maintenant l’importance du football dans nos démocraties avancées: tant que le prolétariat se divertit, il fout la paix aux dirigeants: ça date des romains.

Ce serait peut–être là le moteur de l’évolution: les économies réalisées en se structurant sont plus importantes que le strict nécessaire et le surplus d’énergie dégagé cherche (mais qui l’y pousse ?) à s’employer en continuant à s’organiser.

L’autre exutoire, c’est le jeu. C'est-à-dire une sorte de marche à blanc, comme le rêve, mais avec une ouverture limitée sur un monde réorganisé selon certaines règles (un monde symbolique). Pour certaines professions où l’occurrence des actions demandées est faible, le jeu devient même nécessaire pour palier au manque de contact avec la réalité visée. Le jeu n’est pas seulement l’âme de la mécanique !
Peut-être même que le jeu est une récompense (dépense pure d’énergie, perte entropique) liée à l’auto-organisation (montée négentropique).

Nous ne sommes pas loin de retrouver ici le troisième principe de la thermodynamique, non?

En d’autre termes, nous concevons des bébés en jouissant (je parle de la conception, pas de l'accouchement!) et comme dit l’autre, bis repetita placent. Mais, au-delà de ces considérations énergétiques (au niveau descriptif, imaginaire de la chose), oui, qu'y a-t-il au-delà du principe du plaisir?
C'est toute la question débattue dans le séminaire II.

Sur ces fortes paroles, je vous souhaite à tous une excellente année 2007.

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Jeudi 21 décembre 2006

En relisant hier mon dernier article (des idées et des hommes), j’en ai remanié la fin, et ce faisant, le parallèle entre la relation « Je » - « Moi » dans le champ de la psychanalyse et celle qui lie l’«Observateur» à l’«objet» de son observation en physique c’est imposé dans le discours.

Finalement, j’ai redécouvert l’œuf de Christophe Colomb, pour me retrouver au début du chemin indiqué par Socrate : «connais-toi toi-même», et balisé par Pascal qui situe l’homme entre deux infinis :

«Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout.»

Sauf, que la persistance de cette antique sagesse, pose problème : ces philosophes, énoncent-ils une vérité première à laquelle on ne pourrait échapper, ou bien, par la culture qu’ils ont contribué à modeler, nous ont-ils enfermé dans un paradigme dont il s’avère impossible d’échapper, puisque tout nous y ramène, y compris les principes même de la relativité (l’homme est mesure de toute chose) ou la mécanique quantique.

Car enfin, lorsque l’Observateur invite à un protocole d’observation, un pauvre tachyon qui n’en peut mais, par cette volonté seule, il «chosifie» cette malheureuse petite particule, qui déserte l’univers pour répondre à la convocation.

Faut-il nous en étonner ou bien comprendre que c’est notre façon d’appréhender le monde qui est en cause.

C’est pourquoi, je crois qu’il faut actuellement, pour avancer dans notre compréhension du monde physique, passer par une introspection et comprendre avant tout, comment nous fonctionnons.

C’est un recul pour retrouver l’origine de la voie qu’il faut suivre, la source du Tao.

Ce sera le point d'orgue de cette série d'articles 2007.

Je vous souhaite à tous de passer de joyeuses fêtes de fin d'année.

Hari

PS: quant je parle d'introspection, il ne s'agit pas seulement de suivre l'invite de Husserl, ni l'injonction "connais-toi toi-même", mais plus fondamentalement de nous comprendre au sens où l'on peut comprendre le fonctionnement d'une machine. Il ne s'agit pas de rechercher le sens de notre vie, de se prendre la tête sur la signification de l'Etre, ou toute recherche de cet ordre, ontologique, trancendental, bref symbolique, mais de rentrer dans les entrailles de la machine, précisément comme Freud l'ai fait sur lui-même pour la première fois.

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Jeudi 14 décembre 2006
Le rasoir d’Ockham est certainement mon outil préféré, c’est sans doute pour cela que j’éprouve une certaine fascination pour le katana du samouraï, et donc pour les films de Quentin Tarantino, (Kill Bill en particulier).

Ma démarche actuelle, guidée par les écrits (mais hélas, sans la parole !) de Lacan procède de ce besoin de dépouiller les apparences pour arriver à quelque chose de simple. D’où ma prévention pour tout se qui peut ressembler à de l’habillage, à la façon de chosifier la réalité par l’usage intempestif des mots.

L’homme marche, de cette activité on passe au concept de «marche», puis on va étudier «la marche», puis on la caractérise pour en extraire une norme et on finit podologue ou adjudant, c’est selon.

Mais, cette prévention ne peut être qu’un moment de la pensée. On ne peut pas espérer vivre dans ce dépouillement total. Ce n’est pas cela, vivre, nous habitons 3 niveaux (Symbolique/ Imaginaire/ Réel), et je présume que vivre pleinement suppose d’occuper également ces 3 niveaux.

Comme le disait Pascal, l’homme n’est ni ange ni bête et qui veut faire l’ange fait la bête (c’est également le sens que l’on pourrait donner à mon précédent article sur le karma de Lucifer).

La nature elle-même procède en deux temps : la production (par le hasard) et la sélection (due à la nécessité). Il n’est pas inconcevable que le chercheur lui-même doive procéder en deux temps (comme le chirurgien il taille les tissus mous, puis les écarte pour avancer).

Il est donc peut-être léger de ma part d’écarter trop vite la phénoménologie (Husserl est quand même à l’origine de tout ce sur quoi je m’appuie, en particulier le structuralisme, l’esprit de système), et Heidegger en redonnant la parole aux poètes rend la vie plus supportable.

Comment savourer une tasse de thé sans une pointe de cérémonie ?

Mais je n’en suis pas dans ce moment de la pensée, dans la caractérisation ou l’habillage imaginaire (forcément imaginaire), ceci ne pourra se faire que dans un deuxième temps. Pour le moment il importe de voyager léger, afin de mettre à jour les ressorts de la mécanique dont nous faisons partie avec le minimum d'idées préconçues.

Pour l’instant je garde les repères suivants:

A l’origine de la thermodynamique:

- ON ne voit que ce qui est suffisamment stable pour être perçu
- Un état est d’autant plus stable qu’il peut être atteint par un nombre de voies différentes

A l’origine de la vie :

- Le hasard et la nécessité (principes qui devraient se déduire des précédents)

Maintenant je cherche à situer l’Homme dans tout ceci.
Et je pense précisément que cette notion d’Homme n’est pas une notion première, que le «Moi» n’est qu’une image que "Je" me donne de moi–même, par économie,  pour simplifier mes représentations (précisément une réduction phénoménologique, une caractérisation, un moment dans la description) mais que ceci n'est pas essentiel (et reste donc existenciel), tout comme "l'Observateur" polarise, précipite, "chosifie", par sa seule présence le reste du Monde qu'il observe - cachez ce ON que je ne saurais voir!.

Il y a un parallèle à développer entre cette circulation de "Je" à "Moi" et celle qui s'établie entre l'Observateur et ce qu'il observe et pour tout dire, je ne pense pas que l'on puisse avancer dans la compréhension de la physique sans aller du même pas dans la compréhension fine de cet Observateur qui n'est autre que "Je", ou "Moi" ?

Mais là je fatigue.

Bonne méditation.

Hari

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Mardi 12 décembre 2006
En terminant hier le précédent article sur ce blog, c’est imposé à moi cette image de Lucifer, le Porteur de Lumière déchu.




 

Lucifer remet en cause l’ordre des choses, puisque – comme tout le monde le sait - la lumière vient d’en haut. N’est-ce pas dire qu’il incarne à lui seul, ou plutôt qu’il symbolise ce double mouvement de monté / descente dont je parlais hier ?







Mais quitte à être complètement hérétique (pourvu que nous restions entre nous et à l’abri des imbéciles, car il en est de la réflexion comme du rire : on peut réfléchir sur tout, mais pas avec n’importe qui), quitte donc à brasser des idées qui me dérangent un peu, n’est-ce pas dire que Lucifer symbolise cette double nécessité (ascension néguentropique associée à une descente entropique, la première se nourrissant nécessairement -rendement oblige- de la seconde ?).

N’est-ce pas dire que la figure de Dieu devrait, pour être complète, refléter cette nécessaire dualité, aussi nécessaire de la double figure masculin/féminin des dieux primitifs qui ont subi les avatars que l’on sait (en ce sens que le duo Jésus / Marie serait l’aboutissement moderne du couple Isis / Osiris issu de leurs ancêtres Mithra / Varuna).

Donc non seulement Dieu devrait recueillir en lui les principes Yin et Yang, mais aussi les principes complémentaires de l’ordre et du désordre. Dans cet ordre d’idées, Dieu aurait autant besoin de Lucifer que Jésus de Marie.

Notre ineffable Rafarin nous le dit, dans un langage plus formel et à propos d’autre chose:

« the yes need the no to win against the no».

Comme on le voit, même les conneries les plus éculées reposent sur des schémas de pensée profondément ancrés en nous.
Bref, escamoter Lucifer, revient à émettre en BLU (bande latérale unique), c'est-à-dire à couper la moitié de la bande passante d’un message avant de le transmettre. Ceci prouve que, comme en radio, le message a beau être dénaturé à l’émission, le récepteur intelligent aura rectifié de lui-même.

Maintenant que j’ai évacué cette image de ma tête, j’espère pouvoir continuer mon exploration du Séminaire.

Quoi, me direz-vous, tu nous dis des horreurs, et t’es va tranquillement ?

Oui, bien sûr, car il ne s’agit là que d'images, illustrant des thèmes universels, que tout un chacun peut retrouver par lui-même de mille façons différentes, puisqu’il s’agit du fond commun de notre culture occidentale.
Croire qu'une telle activité (que Heidegger pourrait raccrocher sans peine à de la poèsie, ce qui n'est pas rien à ses yeux!) marque une avancée serait une illusion terrible sur la nature du travail entrepris. En fait, nous avons mis des mots, des symboles sur une base très simple, qui se réduit à ceci (pour un développement plus ample voir ici):

- On ne voit que ce qui est suffisamment stable pour être perçu,
- Un état est d’autant plus stable qu’il peut être atteint par un nombre de voies différentes,

S'ensuivent les lois de la thermodynamique. Hors de ceci, tout le reste n’est qu’un ensemble d’images qui marquent le chemin parcouru.

En ce sens la phénoménologie marque ses limites : la réduction eidétique donne du sens à la démarche (un sens lié à la présence même d'un observateur, quelques soient les précautions prises et toute épochè prise en compte), mais à trop baliser le chemin, elle en limite l'exploration.

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Lundi 11 décembre 2006

Léon Blum disait que le meilleur moment dans l’amour, c’est quant on monte l’escalier.

Il y a chez l’homme une aspiration naturelle vers le haut. La lumière est en haut, Dieu lui-même ne peut s’imaginer  qu’au sommet de l’Olympe ou du haut des cieux
Le haut illumine la vie, rassemble les hommes, purifie les idées. Il s’agit toujours d’une montée néguentropique.

Par symétrie (l’esprit fonctionne autant qu’il le peut sur des oppositions simples) la descente est entropique, va de l’unité vers le multiple, de l’ordonné vers le chaos (on monte au ciel mais on descend en enfer). La montée est aérienne, signe d’air, la descente est massive, tellurique.

Mais pour autant, il me semble que les deux démarches s’appellent l’une l’autre, autant que le Ying annonce le Yang. Il y a là encore une nécessaire circulation.

Quand je dis « là encore », c’est par référence au principe de répétition, qu’à mis en évidence Freud, et dont nous parle abondamment Lacan dans le livre 2 du séminaire (celui que je rumine en ce moment). Lacan illustre très précisément ce mécanisme en le comparant au fonctionnement d’un ordinateur (à mon avis, basé sur l’utilisation de lignes à retard utilisées à son époque). Il semblerait que nous soyons conduits à toujours répéter les enchaînements de situations qui nous posent problème (avec toutes les transpositions/ substitutions dont nous sommes capables).
Sans parler d’analyse, l’expérience ou les idées communes nous ont déjà accoutumés à cette idée, du cycle de 28 jours qui se ressent sur l’humeur de nos compagnes, jusqu’au cycle de 7 ans qui structurerait notre vie de 7 à 77 ans (sans oublier bien sur tous les biorythmes et autres thèmes astraux qui remplissent nos périodiques préférés).

Bref, je dirais que dans notre vécu « synchronique », nous tournons en rond (tourner en rond permet d’envisager de caractériser ce (ces) phénomène(s) par une (des) fréquence(s) propres). Ceux qui m’auront lu sauront de quoi je parle.
Par contre, le cycle monté/descente dont je parlais plus haut est plutôt « diachronique » : il serait en quelque sorte, orthogonal aux cycles précédents. Je parle de tout ceci sur  mon site, mais le point que je voudrais mettre en relief ici est le suivant :

Lorsque Lacan nous dit que l’homme se définit sur 3 plans distincts : Symbolique / Imaginaire / Réel, il est tentant de voir l’histoire du développement humain comme une ascension du Réel (d’où il émerge) vers le Symbolique (dans lequel il se fond). Prendre l’Homme comme finalité du Monde et faire de cette assomption le but de tout notre développement.

Cependant, en tant qu’ingénieur, lorsque je développe un automate avec plusieurs niveaux de contrôle et même avec des propriétés d’auto apprentissage, je ne le fait pas par amour des robots, mais par seul soucis d’efficacité (toujours et encore l’efficacité). Dans cette optique, si nous nous considérons comme simples dépositaires d’un message (notre ADN) que notre libido nous pousse à préserver et transmettre pour qu’il se développe et se perpétue à travers nous (et non pour nous), alors, on peut imaginer sans problème que ce développement dont nous sommes si fiers, ne se fait pas pour nous, et que cette montée néguentropique (notre auto-organisation pour être plus simple) n’est pas un cadeau de Dieu, mais le simple effet d’une loi (mais qui fait les lois me direz-vous?) qui règle une histoire dont nous ne sommes qu’un moment.

C’est ce double mouvement de monté /descente, sans doute, qui me fait entendre en écho «Tu es mon saigneur oh berger» lorsque le prêtre dit: «Tu es mon berger oh Seigneur».

Et de fait, après avoir monté l’escalier, il est bon que notre énergie s’exprime librement (ce qui nous permet d’envisager le cycle de Carnot sous un jour nouveau) et que la bête exulte en nous par certains mouvements alternatifs de fréquence plus élévée ;-) que ces montés / Descentes.


 

Hari

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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