Sommes-nous à l'aube, à l'apogée de notre civilisation ou bien déjà sur le déclin
Combien de civilisations ont-elles vécu et disparu sans s'apercevoir à temps de leur déchéance.
Et nous sommes là, nous autres occidentaux, en ce début de XXIème siècle, contents de nous, consommateurs effrénés, le corps repus mais l'âme vide, sans perspective d'avenir, sans but
commun, depuis que l'individualisme forcené, le libéralisme triomphant et même la constitution américaine -notre modèle subliminal- fixent la recherche du bonheur individuel comme seul
objectif.
Quel autre but se fixer, pour rassembler les foules, les espoirs, soulever l'enthousiasme qui déplace des montagnes, pour que nos enfants survivent à nos choix égoïstes?
Il y a deux attitudes fondamentales dans l'ordre du vivant: l'attaque ou la défense.
Dans un monde où les valeurs féminines s'affirment de plus en plus, l'accent est mis à présent sur la défense (du consommateur, du citoyen, de la faune, de la flore, des océans, de la forêt) bref
de l'écologie au sens large, en y incluant la défense de l'Homme. Mais la défense ne suffit pas, le Yin ne va pas sans le Yang, il nous faut également une stratégie d'attaque, un but à proposer
qui soit universellement acceptable.
J'ai peur que le bonheur de tous ne se résume pas au bien-être de chacun, il nous faut un supplément d'âme, c'est une question de survie.
Je pense que la survie à long terme de l'Humanité réside dans son expansion.
Il ne s'agit pas de nous battre les uns contre les autres pour que chacun accroisse sa part d'un gâteau limité aux capacités de cette pauvre
Terre qui nous a déjà supportés et nourris depuis si longtemps. Non, il s’agit de s’en échapper de nous répandre dans l’univers et que cette perspective soit notre nouvelle
frontière. Et pour cela, il faut avant tout de l'imagination; car nos connaissances ne sont pas à la hauteur de cette
ambition: nous n'irons nulle part assis dans nos pétards à carburant chimique, il faut sortir du cadre actuel de nos théories, tout explorer, tout imaginer. Pour nous échapper physiquement
de la Terre, il faudra avant tout s'évader de nos propres cerveaux.
La voie à suivre n'est peut - être pas encore en gestation dans nos théories les plus avancées.
Sur mille et une idées, espérons qu'une seule au moins survive, la nature comme toujours fera sa sélection. Mais pour cela, il faut de
l'énergie, du dynamisme, bref il faut être jeune; d'où ma question initiale, qui porte en elle cette inquiétude:
Ouf, après presque 2 ans, j'ai enfin terminé la lecture du tome II du séminaire de Lacan, plus que 23 et j'ai fini.
Mais je n'ai certes pas fini d'y revenir, car quelle leçon!
La fin du livre en particulier, là où il se lâche un peu sur sa définition du symbole, mérite le détour. Et il y insiste encore sur son rapprochement avec la cybernétique.
Laissons de côté toute l'approche pédagogique pour arriver au coeur de sa réflexion; tout symbole peut se résumer à une série de 0 et de 1 ou mieux: au passage possible de l'un à l'autre. Et
cette faculté de passer de l'un à l'autre est proprement l'essence du symbole. Autrement dit lorsque je pose le symbole "1", c'est qu'en creux, ce symbole pourrait être "0". Le symbole marque une
place potentielle, ce qui permet le jugement, le jeu, en bref l'humain.
L'ordre du symbolique, c'est l'ordre de la scansion, de la rupture de la succession des états.
Le réel, quand à lui, est "plein". Les objets "sont", point barre. Ils n'ont aucune tension, aucune urgence, aucun coup à jouer. Le joueur d'échecs par exemple cherche à avoir le "trait", c'est à
dire le coup d'avance sur l'Autre qui lui permettra de survivre. La réalité, elle, s'en moque, comme lespépinsdont parle Prévert.
C'est en ce sens qu'au-delà du principe du désir (qui en gauchissant notre conscience du réel produit notre imaginaire) la possibilité du vide propre au symbolique est cet instinct de mort dont
on s'inquiète tant. L'idée de ma mort, c'est bien cette peur que j'ai de ne plus être et nous sommes bien là dans le domaine du symbolique, puisqu'au niveau du réel ceci n'a aucun sens: dès
l'instant où "je" meurt, "je" ne peux être dans aucun état, puisque "je" n'existe plus.
Et cet instinct de mort est fondamentalement lié au principe de répétition puisque la notion même de "répétition" qui implique la possibilité de changer d'état, ou d'évoluer, est équivalent à la
possibilité que "1" succède à "0".
On voit par là comment, par des considérations complètement hors de la cybernétique, Lacan retrouve pratiquement le fondement de la machine de Turing !
Extraordinaire rapprochement !
Et cette lecture m'amène à reprendre le second article de ce blog où j'envisageais la possibilité à la fois d'être et de ne pas être. Je posais alors la question de savoir si Dieu pouvait être et ne pas être.
A la lumière de ce qui précède, la réponse évidente serait que Dieu soit symbole.
Ce qui, je vous l'accorde bien volontiers, ne résoud rien.
Sur ce, bonne digestion (mangez des pommes) et au plaisir (de Dieu bien sûr!).
A propos de jeu, il est à noter que dans le jeu d'échecs, la victoire s'obtient lorsque le Roi, en échec, ne peut plus modifier cet état: quelque soit le mouvement potentiel suivant, il reste en échec. Il meurt donc symboliquement lorsqu'il est incapable de modifier son état. Autre jeu intéressant: le jeu de Go. Là aussi, la capture d'une zone se fait lorsqu'il n'y a plus d'espace libre. Pour survivre à un enfermement, un bloc de pions doit se ménager 2 espace libres non contigues. Là encore, la défaite vient de l'immobilité, de l'étouffement. Il y a sans doute un rapport étroit entre le niveau Symbolique, et la Liberté, qui est la possibilité de changer d'état. L'Homme est libre dans la mesure où c'est un animal symbolique.
Commentaire n°1
posté par
Hari
le 23/09/2008 à 13h22
Autre jeu intéressant: le jeu de Go. Là aussi, la capture d'une zone se fait lorsqu'il n'y a plus d'espace libre. Pour survivre à un enfermement, un bloc de pions doit se ménager 2 espace libres non contigues. Là encore, la défaite vient de l'immobilité, de l'étouffement.
Il y a sans doute un rapport étroit entre le niveau Symbolique, et la Liberté, qui est la possibilité de changer d'état.
L'Homme est libre dans la mesure où c'est un animal symbolique.