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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /2006 08:35

La culture permet à un homme très ordinaire d'accéder à des mystères pour lesquels des génies avant lui ont pu donner leur vie, suivre un chemin initiatique long et périlleux ou développer des trésors d'intelligence.
Je reste perplexe de voir ma fille de 8 ans additionner des chiffres représentant des quantités hors de son appréhension, apprendre, avec une orange et une ampoule électrique comment la nuit succède au jour et aller sur Google Earth pour repérer la maison de grand-mère et je songe avec émotion à mon frère
Giordano Bruno.
La façon même de transcrire nos idées nous guide dans leur développement. Imaginez, par exemple
qu'Omar Khayyam, a résolu les équations du troisième degré sans signe mathématique, sans l'algèbre (l'art de "rabouter" développé par les arabes, lire le Perroquet Vert).
Prenez encore la découverte par les pythagoriciens des nombres irrationnels. Ce fut un scandale à l'époque, car cette notion perturbait l'harmonie du monde et la démonstration qui suit était un secret jalousement gardé.
Pourtant quelques siècles plus tard ce que vous allez lire vous semblera élémentaire:
Raisonnons par l'absurde et supposons que
Ö2 = P/Q.

  • Si P et Q sont impairs, alors P² =2 Q², ce qui n'est pas possible (car le carré d’un nombre impair est impair).
    Il reste deux possibilités: P impair et Q pair, ou l'inverse.
  • Dans le premier cas, on peut écrire: P = (2n+1), ce qui donne, en élevant au carré: (2n+1)² = 2 Q², c'est à dire qu'un nombre pair est impair, ce qui ramène à l'absurdité précédente,
  • Dans le second cas, on a: Q = (2m+1), et P = 2n, ce qui donne (2m+1)²=2n², et nous ramène encore à la même absurdité.


Tout tient à ce que 2 étant le premier des nombres pairs, il est difficile qu'il soit engendré par une racine paire comme c'est la règle pour les nombres pairs suivants, et donc Ö2  se tortille entre pair et impair, comme une folle entre masculin et féminin, sans savoir où s’attacher d'où le scandale dont je faisais état plus haut.
Vous voyez qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chas, mais on oublie tous les trésors d'ingéniosité déployés derrière cette moderne facilité.

     

Il faudrait la plume du poète Basho Matsuo pour rendre toute la légèreté et l’élégance de cette démonstration dans les 17 syllabes d’un haïku.

Un vieil étang
Une grenouille saute
Des sons d'eau
 

 

A moins que l'on ne préfère l'allégresse des roubaïates d'Omar Khayyam:

O toi qui es venu tout ardent du monde de l'esprit;
Toi qui, stupéfait, t'interroges sur le cinq, le quatre, le six et le sept,
Bois du vin, car tu ne sais d'où tu es venu.
Réjouis-toi, car tu ne sais où tu vas

Méditez également sur la simplissime formule d’Euler qui regroupe en 6 signes d'une calligraphie moderne, les constantes fondamentales de notre univers: eip = -1

Et bien je pense que d'ici peu nous aurons le même sentiment d'évidence, d'harmonie à lire Jacques Lacan (ou ceux qui évoluent dans son sillage). La lecture de son séminaire m'émerveille, car l'on y voit une pensée au travail, construisant au fur et à mesure les outils conceptuels qui lui permettront de s'exprimer (de sortir d'elle-même au sens littéral) comme un pont en construction projette son tablier au-devant de lui-même, vers le vide d'un pilier en devenir.
Il y a des fulgurances dans son dire, qui déchirent des voiles devant mes yeux. En particulier, tout ce qui touche au rapport de l'individu au langage.
Il y a certainement là en germe de quoi sortir de l'Humanisme, comme annoncé par Foucault (je vois bien l’un en Messie, l’autre en Saint Jean Baptiste, mais vus par Dali bien sûr)

 ;-) cool, je blague!

quoi que...

Hari Seldon

 

Par Hari Seldon - Publié dans : philosophie
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Commentaires

Cette idée d'une théorie qui développe son langage pour s'exprimer, qui se porte elle - même, ou dit autrement, qui est auto-référente, Lacan l'aborde d'une autre façon dans "les écrits techniques de Freud":


"Il faut poser que l'évolution, les avatars de l'expérience analytique nous renseigne sur la nature même de l'expérience en tant qu'elle est aussi une expérience humaine, à elle-même masquée. C'est là appliquer à l'analyse elle-même le schéma qu'elle nous a enseigné. Après tout n'est-elle pas elle-même un détour pour accéder à l'inconscient?"


Il y a congruence entre la forme de l'analyse et celle de son objet d'étude: l'individu, lieu où "Je" parle du/au "Moi".


 


 

Commentaire n°1 posté par bisounours le 14/10/2006 à 05h33
Il ne faufrait pas oublier, derrière Lacan la figure de Freud!
Commentaire n°2 posté par Maya le 15/10/2006 à 12h13
Pour les inconditionnels des haïkus un peu blageurs sur les bords (ils doivent être aussi rares que les lecteurs de ce blog) voici un site qui préente entre autre un générateur automatique de haïkus ;-)
http://www.charabia.net/gen/gendisp.php?gen=78
Commentaire n°3 posté par Bisounours le 28/11/2006 à 07h32

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