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philosophie

Samedi 8 juillet 2006

Dieu est - il ou n'est - il pas

Etre ou ne pas être; telle est comme toujours la question.

Il n'y a aucune raison pour qu'un dieu -quel qu'il fût- reste prisonnier d'un tel dilemme, tout simplement parce qu'il est formulée par un être non divin, donc limité. D'ailleurs, le principe du tiers exclus, sur lequel se fonde implicitement ce dilemme, n'est qu'un postulat, commode certes, intuitif, sans aucun doute, mais postulat il est, postulat il demeure.

Il me semble plutôt que l'idée de Dieu (si ce n'est Dieu lui-même), comme tout ce qui vit, devrait être une (notre) réponse à une aporie originelle, comme par exemple la réponse à cette question:

- La lumière est-elle faite d'ondes ou de particules ?

- Oui

La réalité de Dieu peut être du même ordre que celle du chat de Schrodinger.

Si l'on y pense bien, tout nous apparaît comme une réponse donnée, qui n'acquière un sens qu'en déchiffrant la question qui l'a suscitée, notre concept de Dieu n'échappe pas à la règle.

Je vous propose la réflexion suivante: par amour de l'Homme, et pour lui laisser sa liberté, la seule vraie manifestation de la bonté de Dieu serait de ne pas exister.

Mon adresse aux croyants est alors la suivante:

Et si Dieu avait décidé de ne pas Etre ?

Vous noterez la position interrogative dans laquelle je ne cantonne, comme Montaigne avec son fameux "Qui suis-je?", plus stimulant à mon sens que le cogito de Descartes.

Hari.

Par Hari
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Mardi 1 août 2006

Il y a peu, j’ai vu un bref extrait de doc sur la chaine de TV Sci Fi dans lequel un astronome expliquait que selon un théorie toute récente, l’Univers ne serait pas infini, mais replié sur lui-même. Il serait alors possible, en suivant toujours la même direction de se retrouver à son point de départ.

C’est une sorte de révolution copernicienne à l’échelle de l’Univers.

 

Et ceci me ramène à une idée qui me trotte dans la tête et ne veut plus me lâcher :

Les questions qui appellent des réponses tordues, ne posent pas une interrogation sur le monde qui nous entoure, mais sont un oripeau sans consistance duquel nous habillons notre vacuité.

(toujours cette même approche aporétique)

Exemple zen :

Le bruit de deux mains frappant l’une contre l’autre est un claquement, quel bruit produira une main ?

 

Je pense qu’il faut complètement radicaliser la démarche:

Tout questionnement qui nous mène à un dilemme ou une absurdité se révèle par là-même n’être qu’une construction de notre esprit, un reflet de notre tournure d’esprit qui ne peut d’aucune façon prétendre à un statut de vérité.

Prenons un exemple :

Pour les anciens, la terre était plate.

La première question qui nous vient c’est: qu’arrive-t-il au «bout de la Terre». Le fait de n’avoir aucune réponse plausible, aucune expérience à tenter pour apporter une réponse, montre à suffisance que cette image de la Terre est fausse.

La seule réponse envisageable ne peut être que du type «sphère», car alors la question des extrémités de la Terre disparait (elle se dissout).

Surgissent, bien entendu, d’autres questions qui nous ont conduits au XXème siècle à la théorie du «Big Bang».

Mais là encore, nous sommes très mal à l’aise : on a beau nous expliquer que le bout de l’Univers est impossible à atteindre, ce n’est pas suffisant : l’extension à l’infini d’un Univers suspendu dans un néant inimaginable pose plus de problèmes qu’il en résout : que se passe-t-il par exemple avant le temps zéro?

Penser à l’Univers comme un gigantesque ruban de Moebius, d’où l’on ne pourrait s’échapper parce qu’il n’a ni commencement ni fin, me semble immédiatement plus approprié, quoiqu’un peu Kafkaïen (cette finitude me fait me sentir à l’étroit).

Mais alors, qu’en est-il du temps ?

Là aussi notre conception actuelle me semble inadéquate.

Cette dimension, comme les autres doit présenter un caractère fractal (pour respecter une relativité d’échelle), mais aussi ce caractère fini et sans fin du ruban de Moebius, ou de la bouteille de Klein.

 

Il resterait à expliquer comment l’Univers est dans un éternel immédiat (ic et nunc). Je reviendrais sur ce point une autre fois.

Hari Seldon

 

PS: La relativité d'échelle dont je parle n'est pas forcément celle de Nottale. Il faudra y revenir en détail.

Par Hari
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Mercredi 16 août 2006

Il est assez amusant, parfois, d’essayer de lire un livre qui vous dépasse.

Ces temps–ci, par exemple, j’ai repris un livre présentant les travaux de Derrida, à la première lecture duquel je n’avais rien compris. Cette seconde lecture est toujours aussi absconde, toutefois, elle venait après plusieurs évènements fortuits qui lui donnaient un sens particulier.

Il y a quinze jours, je venais, par curiosité, de suivre une conférence sur l’hypnose, donnée par quelqu’un de fort intéressant (Dany Dan Debeix), puis ce dernier week-end, en discutant avec des amis des pays d’Afrique que nous avions connus et des arnaques en tout genre auxquels y sont exposés ceux qui cherchent à y faire des affaires, j’avais fait un rapprochement entre les méthodes d’approche de l’escroc et celles de l’hypnotiseur.

L’un comme l’autre cherchent à s’adresser à l’inconscient (le cerveau droit) de leur interlocuteur en s’affranchissant du barrage dressé par son cerveau gauche, celui qui analyse.

L’un comme l’autre cherche à se synchroniser sur la personnalité de l’auditeur pour ensuite perturber ses sens, profiter d’un instant de flottement et passer dans la brèche ainsi créée. C’est un peu la même technique qu’en judo : accompagner l’adversaire, pour utiliser sa force et la retourner contre lui.

C’est pourquoi, le timing est fondamental dans une arnaque : la victime ne doit pas avoir le temps suffisant d’analyser les données qui lui sont présentées.

Le point qui m’intéresse ici c’est que ce type de discours destiné à suggérer une chose, dans un but déterminé, ne doit pas son efficacité à la présentation de données nouvelles.

Au contraire, il tente de réveiller chez l’auditeur des désirs, ou des acquis antérieurs à ce qui fait pourrait-on dire sa « personnalité de façade ».

Autrement dit, l’efficacité de ce type de discours (et il s’agit de discours particulièrement efficaces !) ne doit rien au contenu informatif qu’il véhicule. L’information transmise ne serait rien sans le contexte dans lequel il est délivré.

Dans un autre domaine, celui des sciences, c’est un peu ce que dit T.S Khun : une théorie n’est recevable que si elle s’inscrit dans le paradigme universellement admis par les pairs du scientifique qui la présente. C’est ce qu’illustrait déjà Saint-Exupéry dans «Le Petit Prince», avec son astronome turc qui ne pu se faire entendre qu’après avoir troqué son habit folklorique pour une tenue plus sérieuse.

Et Derrida, dans tout cela, me direz-vous ?

En fait je l’ai cité dans l’espoir que quelqu’un m’en parle plus en détail. J’ai simplement retenu que la déconstruction d’un texte était une tentative pour faire ressortir les non-dits de celui-ci, une méthode améliorée de PNL (programmation neurolinguistique) en quelque sorte.

Cette dernière se limiterait à rechercher les canaux sensoriels privilégiés par un locuteur pour prendre conscience du monde qui l’entoure (décrypter dans son langage s’il privilégie le canal auditif ou visuel par exemple) quand Derrida s'intéresserait aux traces écritres signifiant des schémas conceptuels ?

C’est un peu, à un autre niveau d'analyse, la pratique du psychanalyste qui recherche dans un discours les signifiants que le locuteur laisse échapper (voir Lacan).

Pour illustrer à quel point notre acquis filtre les messages qui lui sont transmis et les transforme pour leur donner un sens, considérez la phrase suivante:

Soeln une éudte d´une uvriseinté agnliase l´odrre des lttrees dnas un mot n´est pas ipmrtnaot, ce qui cmptoe c´est la pmereire et la dinreere lertte. Le rtsee puet erte n´ipmrote qoui, tu puex qnaud mmee le lrie snas pbolrmee.

 

Tout le monde aura compris le sens de ce texte, pourtant incompréhensible s'il est pris à la lettre (c'est le cas de le dire!).

Toutes ces approches semblent converger (pour moi en tout cas, et c’est peut être là que se situe ma propre personnalité) vers une conception orientale du discours.

Le discours serait une échappée informative (le pôle yang, le mâle) sur un fond passif (le pôle yin, féminin). Mais cette polarité elle-même doit être double, puisqu’elle met face à face l’émetteur et le récepteur (et nous en revenons à Abellio).

En fait, la structure du discours serait la même que celle de l’action, ou de tout autre organisation (voir mon site à ce sujet).

Pour en revenir à cette lecture infructueuse de Derrida, elle m’aura au moins permis de prendre conscience de cette structure (pour moi) du discours, ce qui en fait la valeur à mes yeux, en attendant une meilleure compréhension de Derrida, si j’y parviens un jour !

Hari Seldon

PS: en me relisant, je m'aperçois d'une autre lecture possible de mon discours: si tout écrit (même incompris) me renvoit toujours à la même figure théorique, n'est-ce pas là le signe de ma propre paranoïa?

Par Hari
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Samedi 19 août 2006
Emporté par les succès de l’informatique, j’ai une tendance naturelle (quoique acquise) à considérer un échange (écrit ou oral) entre deux interlocuteurs comme un échange d’information. Le mot information étant lâché, il est facile alors de calibrer, quantifier, mesurer celle-ci.
Déjà, lorsque je reçois un email un peu long, il m’arrive de pester contre le collègue qui ne sait pas «scanner» un document correctement et asphyxie ma messagerie avec des pages en «bitmap» d’un ou deux «méga».
Dans certains contextes, l’information transmise est condensée au maximum, à tel point qu’elle devient incompréhensible au néophyte. Par exemple lire une carte météo destinée à l’aviation demande un apprentissage.
Dans d’autres situations, au contraire, un orateur aura à s’exprimer devant un public nombreux. Il est alors étonnant d’entendre des discours sans réel contenu. Plus l’audience est large, plus le contenu est pauvre. En s’adressant à un pays ou une communauté religieuse, le discours devient slogan (Liberté Egalité Fraternité ou bien Aimez-vous les uns les autres, quand ce n’est pas marche ou crève).
Pourquoi donc émettre de telles platitudes ? Certainement pas pour convaincre, d’ailleurs, les politiques qui font ces discours, apprennent à «hypnotiser» leur public, c'est-à-dire à s’adresser, par les mots, à la partie droite du cerveau de leurs auditeurs.
En y réfléchissant bien, il est évident qu’ils ne peuvent pas faire autrement !
En effet, chaque auditeur particulier a sa propre histoire, ses propres références, goûts, attitudes face au Monde, il est donc impossible d’adresser individuellement un message admissible pour tous, sauf si ce message est particulièrement pauvre et basique, donc sans saveur. L’objet du discours, pour être communément accepté, doit dire quelque chose de plus fondamentalement acceptable qu’un simple échange de faits, il doit rechercher une résonance plus profonde, donc à un niveau inconscient. Le spectacle des partis les plus intellos offrent à cet égard des contre-exemples édifiants (je n’ai rien contre les Verts !).
D’ailleurs, le discours à ce niveau est si peu important que certains moines zen gardent le silence durant leurs cours. Ceci suppose, que les interlocuteurs partagent les mêmes références (paradigme scientifique, culture, motivations, selon le terrain où l’on se place). Il y a donc une certaine connivence, sinon interconnexion. Par exemple, pour Jung, le patient et le psychanalyste sont à un certain niveau embrassés dans le même discours. Les signifiants que guette l’un dans le discours de l’autre, sont signifiants pour les deux.
Où commence l’analysé, où fini l’analyste ?

Mais si nous descendons maintenant du domaine de la parole au domaine plus général du vivant. L’écologie nous enseigne que nous sommes tous interdépendants, au sein de ce que Teilhard de Chardin appelait la «noosphère» et que l'on peut imaginez en admirant la fine couche bleue qui enserre la Terre sur les photos satellite.
Plus fondamentalement encore, notre corps connaît toutes les lois de la chimie et de la physique (puisqu’il les applique), sans que nous en ayons conscience.
Nous pouvons même dire de façon certaine que chacun de nos constituants était là sous une forme ou sous une autre à la naissance de notre espèce, de la formation de la Terre, a assisté à l’allumage du soleil et verra son extinction. Nous étions tous là pour le Big Bang et nous serons là encore à la fin des temps, sans que cette idée ait quoi que ce soit de religieux. Notre corps est formé des mêmes éléments ultimes de la matière que la première super nova venue.

A cet égard, justement, nos corps, suivent les lois de la mécanique quantique. Pouvons-nous transposer ce qui se passe à l’échelle de l’électron à notre propre échelle ? Cela donnerait à peu près ceci : si je ne suis pas là, je suis potentiellement partout (rappelez-vous du chat de Schrödinger). Si je suis dans un état particulier, rien d’autre ne peut être dans le même état (principe d’exclusion de Pauli. Mais les fans de space opéra se souviendront peut-être du «Monde des non-A» de Van Vogt). Bien des chemins nous amènent à penser qu’à un niveau ou un autre, tous les hommes sont interdépendants, ils partagent donc certainement les mêmes connaissances (au sens étymologique du mot : naître avec), et c’est là que je voulais arriver :
Si nous partageons tant de chose, pourquoi donc tous ces discours ?
Hari Seldon
Par Hari Seldon
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Samedi 19 août 2006

En constatant que pratiquement tout ce que je lis me ramène à un corpus d'idées qui sont déjà très fortement ancrées (encrées) en moi, je m'inquiétais de savoir s'il ne fallait pas y voir un signe de paranoïa.

En parcourant le livre XXIII du "Séminaire" de Lacan, celui où il se focalise sur les noeuds, je tombe sur cette remarque:

"Il fut un temps, avant que je ne sois sur le chemin de l'analyse, où javançais dans une certaine voie, celle de ma thèse De la psychose paranoïaque dans ses rapports, disais-je, avec la personnalité. Si j'ai si longtemps résisté à sa republication, c'est simplement parce que la psychose paranoïaque et la personnalité n'ont comme telles pas de rapport, pour la simple raison que c'est la même chose.

En tant qu'un sujet noue à trois l'imaginaire, le symbolique et le réel, il n'est supporté que de leur continuité. L'imaginaire, le symbolique et le réel sont une seule et même consistance, et c'est en cela que consiste la psychose paranoïaque."

Sur ces fortes paroles, bonne méditation et bon week end.

Hari Seldon

Par Hari Seldon
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Mardi 22 août 2006

Un ami qui se reconnaitra parmi vous, m'envoie un article paru dans Libé le 6 août (voir l'article) sur le philosophe allemand  Peter Sloterdijk.

Encore quelqu'un qui s'intéresse aux formes! Merci pour cette lecture qui arrive à point, alors que je viens d'écrire un article sur Lacan et ses développements au sujet des noeuds boroméens, sans oublier Abellio auquel il faut bien revenir.

Peter Sloterdijk s'intéresse au cercle, mais aussi (à un degré moindre à la flèche). Cet intérêt différencié pour l'une et l'autre formes est en soit significative: comme je l'indiquais déjà dans l'en-tête de ce blog, nous entrons (si je puis dire) dans une ère essentiellement féminine... pas besoin de filer plus longtemps la méthaphore, n'est-ce pas?

Les noeuds, la structure absolue, tout celà tourne, et indique le mouvement (je pense aussi à Foucault qui commis quelques esquisses dans "des mots et des choses" pour représenter l'évolution de la structure de notre savoir). Pour peu que notre philosophe ondule un peu sa flèche et l'inscrive dans la trace d'une sphère sur papier (un cercle), il aura approché la figure du Yin et de Yang. Tiré par les cheveux, mais pas tant: lui-même parle de bipolarisation de la pensée, sans s'y arrêter. Quand je vous dis que l'on s'orientalise à donf ;

Pendant que j'y suis, un autre rapprochement: 

Dans mon premier article je parle de Sun Tzu et de l'opposition entre l'utilisation de la "force ordinaire" et  de la "force extraordinaire". La première, un peu pataude, massive, se déploye, épouse le terrain, c'est le "gros" des troupes. Il y a dans ce "gros", une sorte de rondeur féminine. Tandis que la force extraordinaire, joyeuse et jaillante, est plus pointue, aïgue, elle va et vient (je ne pouvais pas la manquer) dans les lignes ennemies, coupe et taille, bref c'est une force de "projection" (encore) au sens le plus viril qui soit...

A bonne en tender

Hari

Par Hari Seldon
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Mercredi 13 septembre 2006

Qu'est-ce qui rend si attractive la théorie de la psycho-histoire (ou tout au moins la possibilité de son existence), si ce n'est le pouvoir qu'elle pourrait représenter dans des mains bien intentionnées (forcément bien intentionnées!).

En effet, n'est-ce pas grâce à cette théorie qu'une petite équipe de scientifiques dirigée par Hari Seldon, le théoricien de la chose, va ensemencer la galaxie en dégénérescence d'une petite Fondation, basée à un bout de la galaxie sur le planète Terminus.

Donc, une équipe d'une trentaine de personnes (relayée ensuite par la seconde fondation) va manipuler une colonie de quelques centaines de milliers de personnes, qui à leur tour va orienter l'avenir d'une galaxie. Il y a là un effet démultiplicateur qui s'apparente aux meilleurs scénarii imaginés par les tenants de la théorie du complot. Mais la manipulation est encore plus complexe, si l'on tient compte du rôle d'un certain robot (pour les aficionados d'Asimov).

D’autres théories du même type ont excité les foules. N'est-ce pas le fantasme des terroristes que de changer le Monde par quelques actions ciblées. Les idéologies de la révolution, qu'elles soient de droite ou de gauche, bien qu'elles mettent en avant le rôles des "masses", s'appuient toujours sur le rôle de catalyseur d’un "parti" quel qu'il soit.

De même pourrions-nous parler de la manipulation des dogmes religieux par les clergés pour assurer la pérennité de leur églises au sein de leurs fidèles.

Bref, la question tourne toujours autour du même problème : comment démultiplier la puissance d’un seul (tyrannie) ou d’un petit nombre (oligarchie) pour diriger le peuple.

Les chinois avaient analysé le problème il y a fort longtemps, et les « légistes » avaient élaboré une théorie du pouvoir basée sur le respect absolu de la loi.

Mais tout ceci manque de subtilité : ce qui nous intéresse n’est pas tant d’imposer quoi que ce soit par la force, mais plutôt, de comprendre quelles sont les facteurs qui permettraient d’induire une réaction inconsciente dans la masse que l’on vise : c’est en cela qu’une théorie du complot se distingue d’une théorie du pouvoir : le pouvoir dont on parle ne se fait pas sentir. Il s’agirait en quelque sorte rien de moins que de maîtriser l’effet papillon (ce qui posé en ces termes semble bien sur impossible).

Dans une telle problématique, il est évident qu’il faut prendre en compte différents niveaux d’analyse pour décrire les organisations sociales observées, car les phénomènes dont ont parle se déroulent simultanément sur différentes échelles (nombres d’individus/échelles de temps/espace occupé).

Pour cela deux outils sont à privilégier:

  • les structures fractales,
  • les groupes de renormalisation

Hari Seldon

Par Hari Seldon
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Mardi 19 septembre 2006

Je zappais hier comme d'habitude entre les différentes chaînes de télé, et comme il n'y avait décidément vraiment rien d'intéressant, j'ai fini par être attiré sur Planète par un docu sur ces fous qui ont décidé d'aller tout seuls, comme des grands dans l'Espace.

Ces doux dingues, tous américains, ont tout plaqué, tout claqué pour un rêve : monter là-haut. Et même s'il a fallu des milliards à la NASA, ils ont décidé que c'était faisable. J'ai fréquenté des américains dans le travail, je vois tous les jours des anglo-saxons, Anglais, Sud Af, Australiens, Canadiens et tous me fatiguent par leur façon de travailler, sans idée, sans imagination, en suivant les "procédures", qu'elles viennent de Brisbanne, de Houston ou d'ailleurs, fatigué de leur horizon rétréci.

Et puis là, la folie à l'état pur, celle qui soulève les montagnes, et réussit, contre vents et marée, avec un autre fondu, anglais (la patrie des originaux). Sir Richard Brandson de Virgin qui cherche toutes les occasions de s'envoyer en l'air, et y réussit merveilleusement. Voir le Star Ship one est extraordinaire, aussi fragile que l'avion des frères Wright.

Le hasard et la nécessité à l'état brut, la liberté absolue de faire n'importe quoi, ce contre quoi, bien sûr, la majorité se défend en se protégeant comme elle peut, d'où le leitmotiv américain dans les bureaux: "save your ass"; mais à côté, de ça, quels exemples de réussite.

Et puis, je continue à zapper, et je tombe sur un docu sur la Chine, et sur le communisme d'après Deng Xiao Ping, le massacreur de la place Tien An Men (1000 morts). Je quitte une histoire d'un seul (ou de peu) pour tomber sur celle d'une multitude. Le commentateur parle de la façon dont Deng Xiao Ping récupère les techniques du capitalisme au service de communisme; comment il explique que le communisme n'en est qu'au premier stade, celui où la rentabilité est le moteur des organisations ; comment pour vaincre, le communisme doit d'abord apprendre et se plier aux leçons du capitalisme. Chapeau, je retrouvais là, bien vivante une approche taoïste comme je n'espérais plus en voir. C'est mieux qu'une raffarinade (the yes need the no to win...).

Il dit que mille morts à Tien Nan Men c’est peu payé pour éviter de connaître l'anarchie soviétique d'après la perestroïka. Sommes-nous sûrs qu'il ait tord?

Bref, à ma courte, mais très profonde honte, et malgré sa photo peu avenante, l'homme force mon respect et j'avoue qu'il me semble le comprendre et oui, c'est comme ça.

Le mieux, c'est le discours d'un ex-cadre du parti, jeune loup reconverti dans la promotion immobilière expliquant que tout va très bien: ceux qui veulent la sécurité pépère vont dans l'administration, les autres se lancent dans le privé. Je retrouvais là le discours sur la France à 2 vitesses de je ne sais plus qui du temps de VGE (merci des précisions).

Et voilà, la boucle est bouclée: le libéralisme à outrance conduit les gens à protéger leurs fesses, tandis qu'un système où le minimum est assuré, permet une plus grande liberté à ceux qui le désirent. C'est pas beau la vie?

Ce n'est pas là où je voulais en venir, mais plutôt à ceci: je vois sur notre bonne vieille Terre deux forces en actions, l'une mâle et virile tue beaucoup (28.000 morts par an par arme à feu sur 300 millions d'habitants aux USA), mais permet l'expression des meilleurs (comme on dit dans les films de série B : les meilleurs des meilleurs), l'autre, plus féminine, protectrice à en étouffer ses enfants (18.000 exécutions par an sur 1,5 milliard d'habitants en Chine), normative, mais qui permet de belles échappées, appuyée sur une masse irrépressible.

Pour en revenir à notre analogie avec un vaisseau lancé dans l'espace, peut-être que pour faire évoluer l'équipage, il importe d'utiliser, comme l'écrivait Sun Tzu, la force ordinaire et la force extraordinaire.

La maladie dont souffre actuellement l'équipage, c'est que les représentants de la force extraordinaire, se trompent de casting en oubliant que la légèreté est leur meilleur atout.

Hari

Par Hari Seldon
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Jeudi 21 septembre 2006

Voir dans une suite d'évènements une succession d'état Yin et Yang, présuppose que l'on tient ces évènements comme étant du même ordre. Le blanc succède au noir, le masculin au féminin, mais ils entretiennent entre eux un dialogue, qui forme la trame, le patchwork de nos descriptions. C'est ce que symbolise la peau tigrée que porte Fu Xi, qui fût l'inventeur des figures du Yi King.

Nous sommes là dans une description horizontale, plate des évènements, pour tout dire "synchronique".

Lorsque Sun Tzu parle d'utiliser concurremment la force ordinaire et la force extraordinaire, il nous dit autre chose. Il nous dit qu'il faut attaquer l'ennemi de façon large et ample d'une part, avec les moyens lourds, lents et difficiles à mettre en oeuvre, et d'autre part, perturber sa compréhension de la situation par l'emploi de moyens légers, faciles à déployer, rapidement à pied d'oeuvre. Il dit également que le bon général doit s'attaquer aux plans même de ses ennemis par la désinformation, l'espionnage et la propagande. Il s'agit ici de moyens encore plus légers (quelques espions) à mettre en oeuvre. L'alternance dont il s'agit relève certes de la dialectique du Yin et du Yang, mais plus encore, Sun Tzu développe son analyse de la situation sur plusieurs niveaux, utilisant des constantes de temps différentes, son analyse est "diachronique".

L'attitude taoïste consistant à coller pleinement à la situation afin d'utiliser son potentiel (lire absolument le traité de l'efficacité de François Jullien) est me semble-t-il par essence diachronique. Ceci devrait avoir des conséquences quant à l'interprétation des figures du Yi King.

En effet, chacun des trois traits se rapporte à un niveau différent des situations décrites. Le trait du bas correspond à la Terre, celui du milieu à l'Homme, celui du haut au Ciel. En toute rigueur, ils ne devraient pas permuter à la même vitesse. Celui du bas devrait aller plus vite, celui du milieu être synchrone avec les changements à l'échelle humaine, celui du haut varier en fonction des valeurs qui nous guident. Une figure du Yi King serait plutôt la trace d'une coupe verticale faite de nos observations qu'un tableau à plat. Voir à ce sujet  mon développement sur les figures du Yi King.

C'est cette façon homogène d'analyser chacune des différentes strates de la situation (chaque niveau est soit Yin, soit Yang) qui me fait y voir une ébauche de structure fractale.

Voir ici toute la richesse et la diversité que l'on découvre, de strate en strate, lorsque l'on voyage d'un niveau à l'autre d'une seule et même image fractale comme la célèbre fonction M de Benoît Mandelbrot.

Hari

Par Hari Seldon
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Mercredi 11 octobre 2006

La culture permet à un homme très ordinaire d'accéder à des mystères pour lesquels des génies avant lui ont pu donner leur vie, suivre un chemin initiatique long et périlleux ou développer des trésors d'intelligence.
Je reste perplexe de voir ma fille de 8 ans additionner des chiffres représentant des quantités hors de son appréhension, apprendre, avec une orange et une ampoule électrique comment la nuit succède au jour et aller sur Google Earth pour repérer la maison de grand-mère et je songe avec émotion à mon frère
Giordano Bruno.
La façon même de transcrire nos idées nous guide dans leur développement. Imaginez, par exemple
qu'Omar Khayyam, a résolu les équations du troisième degré sans signe mathématique, sans l'algèbre (l'art de "rabouter" développé par les arabes, lire le Perroquet Vert).
Prenez encore la découverte par les pythagoriciens des nombres irrationnels. Ce fut un scandale à l'époque, car cette notion perturbait l'harmonie du monde et la démonstration qui suit était un secret jalousement gardé.
Pourtant quelques siècles plus tard ce que vous allez lire vous semblera élémentaire:
Raisonnons par l'absurde et supposons que
Ö2 = P/Q.

  • Si P et Q sont impairs, alors P² =2 Q², ce qui n'est pas possible (car le carré d’un nombre impair est impair).
    Il reste deux possibilités: P impair et Q pair, ou l'inverse.
  • Dans le premier cas, on peut écrire: P = (2n+1), ce qui donne, en élevant au carré: (2n+1)² = 2 Q², c'est à dire qu'un nombre pair est impair, ce qui ramène à l'absurdité précédente,
  • Dans le second cas, on a: Q = (2m+1), et P = 2n, ce qui donne (2m+1)²=2n², et nous ramène encore à la même absurdité.


Tout tient à ce que 2 étant le premier des nombres pairs, il est difficile qu'il soit engendré par une racine paire comme c'est la règle pour les nombres pairs suivants, et donc Ö2  se tortille entre pair et impair, comme une folle entre masculin et féminin, sans savoir où s’attacher d'où le scandale dont je faisais état plus haut.
Vous voyez qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chas, mais on oublie tous les trésors d'ingéniosité déployés derrière cette moderne facilité.

     

Il faudrait la plume du poète Basho Matsuo pour rendre toute la légèreté et l’élégance de cette démonstration dans les 17 syllabes d’un haïku.

Un vieil étang
Une grenouille saute
Des sons d'eau
 

 

A moins que l'on ne préfère l'allégresse des roubaïates d'Omar Khayyam:

O toi qui es venu tout ardent du monde de l'esprit;
Toi qui, stupéfait, t'interroges sur le cinq, le quatre, le six et le sept,
Bois du vin, car tu ne sais d'où tu es venu.
Réjouis-toi, car tu ne sais où tu vas

Méditez également sur la simplissime formule d’Euler qui regroupe en 6 signes d'une calligraphie moderne, les constantes fondamentales de notre univers: eip = -1

Et bien je pense que d'ici peu nous aurons le même sentiment d'évidence, d'harmonie à lire Jacques Lacan (ou ceux qui évoluent dans son sillage). La lecture de son séminaire m'émerveille, car l'on y voit une pensée au travail, construisant au fur et à mesure les outils conceptuels qui lui permettront de s'exprimer (de sortir d'elle-même au sens littéral) comme un pont en construction projette son tablier au-devant de lui-même, vers le vide d'un pilier en devenir.
Il y a des fulgurances dans son dire, qui déchirent des voiles devant mes yeux. En particulier, tout ce qui touche au rapport de l'individu au langage.
Il y a certainement là en germe de quoi sortir de l'Humanisme, comme annoncé par Foucault (je vois bien l’un en Messie, l’autre en Saint Jean Baptiste, mais vus par Dali bien sûr)

 ;-) cool, je blague!

quoi que...

Hari Seldon

 

Par Hari Seldon
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